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Songs Of Shame de Woods

chronique d'album
On ne compte plus les musiciens aguerris – pour ne pas dire dégarnis – qui cherchent en vain à retrouver la candeur artistique de leurs débuts. Et puis, il y a Woods, cette bande de grands enfants refusant de grandir, qui jouent très sérieusement une musique bien trop belle pour rester confidentielle. Comme Peter Pan ou Daniel Johnston – même combat –, Jeremy Earl a bloqué les compteurs le jour de son douzième anniversaire. Depuis, il ne pense qu’à s’amuser. À cet âge, enregistrer avec un magnétophone en plastique ou chanter dans le micro d’un vieux standard téléphonique n’est pas un problème. Mais au-delà de son esthétisme lo-fi assumé – on ne préside pas à la destinée du label Fuck It Tapes par hasard –, c’est avant tout par ses compositions que ce quatrième album capte l’attention.

Plus lumineux que jamais, le prolifique quatuor de Brooklyn y révèle son amour pour les harmonies vocales des Beach Boys, les soli de Jay Mascis et les chansons de Neil Young. À l’instar de ce dernier, Jeremy Earl n’a jamais mué et il aime insuffler du bruit dans ses balades dépouillées, comme en témoignent le bouleversant Born To Lose, Down This Road ou Military Madness, une reprise inspirée du classique de Graham Nash. Mal nommé, ce disque originellement disponible aux concerts sous la forme d’une cassette baptisée Some Shame n’a vraiment rien d’honteux. Il figure au contraire ce que Woods a enregistré – avec la même guitare bon marché que Beck sur One Foot In The Grave(1994) – de plus cohérent et accessible. À l’écoute de ces chansons, on songe parfois au séminal Bee Thousand (1994) de Guided By Voices. On en ressort surtout avec la banane (en peau de Velvet) et l’irrépressible envie de fonder un groupe à Long Island, l’air y semblant propice aux plus belles aventures musicales.

Renaud Paulik
MAGIC RPM  #134


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