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Le créneau de Women ? Vivre d’amour et d’acide. Totalement anachronique, le premier album du quatuor canadien arpente des cimes de distorsion lysergique qui, il y a quarante ans, auraient élevé ses auteurs au rang de gourous psychédéliques sans pareil. Chaque chanson comme un nouveau flash hallucinatoire à disséquer sans moyen de s’en dérober, chaque note comme une décharge sensorielle à expérimenter sans espoir de la contourner : Women détraque l’électricité et la conscience durant ses trente minutes de montée carabinée qui distille de multiples effets primaires. Tantôt aussi malsains et corrosifs que l’aigreur (Lawncare ou le suffocant January 8th), tantôt aussi enjôleurs et incandescents qu’une bouffée d’air brûlant (les mélodies soustraites aux lois de la gravité Black Rice ou Group Transport Hall).


Aidé par Chad VanGaalen qui se charge ici d’une production sépia, affûtée et crépitante, Women mêle cordes pincées et tambourins hantés, couches sonores dissonantes et chant d’illuminé cerné par l’écho, ritournelles fugitives d’une beauté flagrante et interludes vrillés par des accords d’enfer. Comme si MGMT s’était fait sadiquement triturer les méninges par le Velvet Underground originel, comme si Syd Barrett avait traversé l’Atlantique pour manigancer avec le Magic Band de Captain Beefheart. Si Fleet Foxes a récemment remis au goût du jour les gentilles chèvres et les plus cristallines saillies chorales des années 60, les quatre hommes de Calgary se ceignent de serpents mortels et rallument les flammes les plus voraces et opiacées de l’époque. Et quand s’abattent avec un entêtement de damné les larsens insensibles de la chanson terminale Flashlights, on révise notre jugement premier. Peu importe l’amour, Women vit d’acide. Et encore d’acide.

Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #125


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