Et la
lumière revint. C’est ainsi qu’on pourrait annoncer bibliquement ce nouvel
album de Windsor For The Derby. Et considérer son prédécesseur non pas comme
une noirâtre transition, mais bel et bien comme une parenthèse de malheur
puisque How We Lost sort le groupe du
pétrin cauchemardesque de Giving Up The
Ghost (2005). En réalité, How We Lost
prend la suite du mirifique We Fight ‘Til
Death (2004). Du rose au bleu, les couleurs restent douces, l’artwork
contestable. Dur à encaisser comme un disque pop à la première écoute, cet
album se mérite pourtant comme tel après quelques écoutes. Il conviendra
néanmoins de se laisser happer par l’ambiance, plutôt terne de prime abord.
Mais dès le second titre, Maladies,
le fantôme blafard des Stockholm Monsters nous gratifie d’un sourire tardif,
mais franchement emballant. De fait, Fallen
Off The Earth est la plus probante reprise du Ceremony de New Order. Dans les mêmes textures de new-wave sublime
et subliminale, Hold On donne à
entendre un timbre qui continue le voyage des Pennines à Bristol, soit à peu de
choses près du krautrock chez Sarah Records. On se prend alors à rêver que les
Texans, qui résident désormais à Philadelphie et qui osent là des chœurs
quasiment sunshine pop (à leur échelle), fassent un jour le voyage retour et se
retrouvent à Liverpool, chez les frères Head ou dans les rivages bleutés de Ocean Rain (1984). Troubles, longuement introduit par un remplissage qui mérite qu’on
le subisse, fait la jonction entre la tendresse répétitive de Suicide et
l’univers opiacé de Spacemen 3. Sorte de haïku sur la mélodicité du jeu de
basse de Peter Hook étalée et déclinée sur quelques octaves de guitare baryton,
What We Want prend la suite. En guise
de tube définitif, il faudra se contenter de Spirit Fade, inédit apaisé de I Love You But I’ve Chosen Darkness.
Le disque s’achève donc comme il a commencé, en demi-teinte, suivant le même
parcours sentimental que The Emotional
Rescue Lp (2002). Windsor For The Derby est décidément un groupe qui exige
de la patience et une certaine aisance dans l’inquiétude et qu’on ne peut
qu’adorer intensément, malgré tous ses défauts et ses salutaires hésitations à
tutoyer clairement le génie.