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Cela faisait longtemps qu'on n'avait pas écouté un disque aussi triste. C'est à la fin, sur Every Word You Ever Said, qu'une discrète guitare acoustique se fond effectivement sur le même (exactement le même) son de clavier qui embrume de larmes Atmosphere de Joy Division. Ce n'est même pas douloureux, ni vraiment triste ou plombant, c'est juste passablement déprimant. On arguera que Dan Matz et Jason McNeely ont quitté le Texas pour Philadelphie, qu'un de leur collaborateur est mort et que l'époque est consternante. Mais Giving Up The Ghost n'est pas un album optimiste, on le reçoit d'abord comme un vieux paquet de linge sale, pleins de taches de sang séchées. Alors que We Fight Til' Death déroulait soyeusement un tapis de fêlures et de doutes sur un mode assez sérieux (d'une new-wave triomphante à des plages d'acid house minimaliste), son successeur semble cerné par la poussière, comme si le groupe prenait un plaisir masochiste à marcher, glisser parfois, pieds nus sur un parquet couvert de vieilles échardes. Par moments, il relève la tête, en nous renvoyant de bouleversants retours en arrière (les heures les plus sombres du catalogue 4AD ou de la discographie de Section 25). Dès le magnifique Shadows, qui succède à Praise, l'un des rares morceaux véritablement offensifs (où l'on retrouve la puissance originelle des Cocteau Twins), on est vraiment dans la désolation, la douleur et la mort. Ce que d'aucuns verront comme une évolution n'est en fait que le produit d'une vraie érosion, d'un glissement vers la nature comme une vieille demeure s'affaissant sur ses fondations. Mais ce disque recèle assez de merveilles pour qu'on y voie définitivement autre chose qu'un triste album de transition.
ÉTIENNE GREIB
MAGIC RPM  #94
article extrait de :
MAGIC RPM #94 Commander ce numéro


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