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“Our lips won't last forever and that's exactly why/I'd rather live in dreams and I'd rather die”. C’est sur cette tirade magnétique nappée d’une inflexion quasi adolescente que le Virginien Jack Tatum (Wild Nothing à lui tout seul) entame les négociations. Paradoxalement, c’est sur ce même morceau (l’introductif et cocteautwinesque Live In Dreams) que cet artisan prolifique et hyperactif (leader d’un groupe de folk urbain enveloppé d’une houle synthétique dénommé Jack & The Whale, puis d’un autre de punk tropical lorgnant vers les vicissitudes touristiques d’Abe Vigoda, Facepaint) fait montre d’une maturité mélodique proprement déconcertante. Coup d’éclat ou réelle capacité à retrancher ses émotions dans des vignettes hors norme ? Héritier des volutes guitaristiques de Johnny Marr et des arrangements opalescents de Simon Raymonde, Summer Holiday ne tardera pas à révéler l’évidence, et il en sera de même sur les dix autres titres qui confinent Gemini dans un spleen virginal. Jack Tatum possède la patte des grands orfèvres et délivre ses compositions avec une précision olympique.

Si Drifter fait préalablement couler ses couches de claviers voluptueuses dans une clepsydre défaillante, c’est pour que Pessimist la réactive avec ses cliquetis réverbérés et ses vocalises cristallines d’une extraordinaire limpidité. Et le fluide lymphatique s’écoule de plus belle sur le somptueux O, Lilac, qui voit le damoiseau dégommer les nappes phréatiques de la dream pop pour libérer des geysers d’accords striés et de riffs en spirales, comme Beach House sur le sensationnel Take Care (Teen Dreams, 2010). Instillant son insouciance textuelle sous des textures mélodiques désarmantes, on imagine très bien le jouvenceau s’ouvrir les veines pour tacher des pochettes immaculées. The Ropers magnifiant leur grâce dans un ascenseur sous-marin (Confirmation, Gemini) ou Kate Bush tapissée sur les murs d’une chambre d’écho (Bored Games, My Angel Lonely), voilà ce qui aurait pu être souillé par la sève vitale de Jack Tatum.

Un voyage dans le temps, mis en images dans le clip de Chinatown et ses extraits empruntés au court-métrage Clown (1969) de Richard Balducci, qui montre un gavroche et son clebs flâner dans les rues de la capitale. De la même manière, Jack Tatum avance dans les pas de ses illustres aînés, réconciliant au passage les nostalgiques des grandes heures de 4AD, les fervents admirateurs du label de Clare Wadd et Matt Haines (Sarah Records) et ceux qui découvrent ces courants christiques à travers des formations comme The Pains Of Being Pure At Heart ou The Radio Dept. Plus qu’une passerelle générationnelle, Gemini préfigure un nouvel idiome musical personnifié par de jeunes gens qui entassent leurs influences communes à l’intérieur de leur poitrine pour les redistribuer au tout un chacun, avec modestie.

> Écoutez un extrait.
Fabien Le Gourrierec
MAGIC RPM  #144


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