Trois années ont été nécessaires à Wilco pour publier la suite tant attendue des excellents Being There et Summerteeth. Trois années de création mais aussi de combat, au cours desquelles Jeff Tweedy ne s'est pas uniquement concentré sur son seul travail de musicien. Confronté à l'hostilité d'une maison de disques, Reprise, qui refuse de sortir son album, en arguant un suicide commercial annoncé, Tweedy n'a pas hésité à engager ses propres deniers pour racheter les bandes qu'il avait luimême enregistrées et permettre à son chef-d'oeuvre en péril de voir enfin le jour. À l'écoute de Yankee Hotel Foxtrot, on peut le rassurer : son intransigeance et ses sacrifices n'ont pas été vains. Et s'il existait un sticker "attention : disque important", il faudrait penser à le coller d'urgence sur ce nouvel opus de Wilco. En effet, Yankee Hotel Foxtrot représente un peu pour le country rock contemporain ce que OK Computer fut en 1997 pour la brit pop. Un solde de tous comptes en forme de manifeste radical et novateur. Comme Radiohead en son temps, Wilco dynamite les conventions devenues trop étroites d'un genre qu'il a lui-même contribué à développer. À partir de thèmes classiques (l'amour, toujours l'amour...), Tweedy, épaulé par l'impeccable Jim O'Rourke, développe un discours d'une pertinence absolue où les chansons se succèdent, émergeant d'un brouillard de distorsion, comme autant de purs joyaux pop. Définitivement largués, tous les cow-boys rebelles, le lot commun des songwriters américains classiques, Ryan Adams ou Josh Rouse en première ligne, peuvent bien lever les yeux au ciel pour tenter d'apercevoir leur maître. La tête dans les étoiles, Wilco ne les regarde même plus