En kiosque actuellement Commander
D'une formation analogue à celle de The Slits, The Raincoats, Essential Logic, Ut ou Kleenex, Vivian Girls fait partie de cette grande et riche lignée de groupes punk essentiellement féminins qui virent le jour à l'orée des années 80. Moins revendicatrices que ces dernières, les filles de Brooklyn marient la pop sixties de The Shangri-Las et les guitares noisy de The Jesus And Mary Chain comme le faisaient en leur temps le groupe méconnu Black Tambourine (une dizaine de morceaux et un véritable mythe pour les initiés), le non moins élégant Henry's Dress et la quasi-totalité des artistes du catalogue estampillé Slumberland Records.

Ce trio lo-fi est donc pour le moins anachronique, mais il est ici hors de question de bouder son plaisir en parlant de récupération tant nos starlettes bien nommées Kickball Katy (basse), Cassie Ramone (guitare) et Frankie Rose (batterie) maîtrisent à merveille l'art de Talulah Gosh et autres Shop Assistants. Chaque titre suit ainsi la structure et les canons du genre : de douces lignes mélodiques s'élèvent sur des guitares rêches et une caisse claire, des cymbales, énergiques, métalliques et bruyantes. Celles-ci finissent à leur tour noyées sous les chœurs dissonants et enivrants qui définissent cette forme de twee pop gentiment hystérique. La formule est donc déclinée tout au long des dix pièces de cet album inaugural qui ne se relâche ou ennuie jamais.

On a même du mal à choisir d'éventuels singles pouvant sortir du lot. Deux chansons magistrales, All The Time et Such A Joke, ouvrent sur un rythme effréné. Tiré d’un 45 tours épuisé, Wild Eyes, merveilleusement et faussement chanté, poursuit sans effaroucher, tandis que Going Insane et Tell The Word outrepassent gracieusement leur fonction de titres transitoires avant la nostalgique Where Do You Run To, qui rappelle tendrement Marine Girls. Damaged repique dans la veine dudit Black Tambour. No, qu'on croirait écrite suite à une exposition prolongée au No Queen Blues de Sonic Youth, reprend la ligne instrumentale de Wild Eyes et assène inlassablement son refus de se livrer définitivement.

Puis viennent Never See Me Again, sortie tout droit du Backwash (1996) de Talulah Gosh, et, en guise d'incroyable point d'orgue, l'incrédule I Believe In Nothing. Ces jeunes filles nous prouvent qu'il n'est nul besoin d'avoir inventé la poudre pour savoir la faire sauter. L'excellent label In The Red doit se frotter les mains et Slumberland Records se mordre les doigts d'avoir raté un tel coche.
Xavier Mazure
MAGIC RPM  #125


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser