Biographie
Le texto a beau être arrivé à une heure indue, sa pertinence
n’en était pas moins étonnante. À tel point qu’on ne se permettait même pas de
s’interroger sur l’état de son auteur : “Le
groupe qu’on attendait des Anglais depuis plus de vingt ans…” Point, à la
ligne. En quelques mots, se trouvait ainsi résumé tout le bien – et plus encore
– qu’on pensait de cette formation
pourtant née de l’autre côté de l’Atlantique, de ces quatre Américains qu’on
jurerait tout droit sortis d’un roman de Bret Easton Ellis. Ou Jay McInerney.
Un leader né au Costa-Rica, grandi à Miami, “réfugié” à New York et doté d’un
patronyme quasi-joydivisionesque. Sans le savoir au départ, on avait déjà
croisé la route du guitariste et chanteur Jorge Elbrecht. Au sein de
Lansing-Dreiden, collectif pluriculturel supérieur, obsédé par l’art sous
toutes ses formes et auteur de deux albums, dont The Dividing Island (2006), célébré en grandes pompes dans ces
mêmes pages. Mais à la tête d’une jolie collection de chansons, le jeune homme,
la trentaine à peine entamée, ne pouvait se permettre d’attendre le bon vouloir
musical de ses acolytes, affairés ici au pinceau, là derrière la caméra. Alors,
à l’été 2007, il s’acoquine avec Ben Brantley (basse), Iddo Arad (clavier,
chant) et Kris King (batterie) pour donner corps à ses compositions à fleur de
peau. Depuis, le quatuor poste ici et là des chansons joliment troussées,
participe à des compilations et profite de ses relations – pêle-mêle, MGMT, la
réalisatrice Alia Raza, le styliste Patrik Ervell ou la chanteuse de Chairlift,
Caroline Polachek. On ne prête qu’aux riches, dit-on. Peut-être. Mais d’autant
plus lorsqu’ils conjuguent des talents étourdissants. Refrains en apesanteur,
guitares vrillées en spirales obsédantes, claviers s’élevant en nappes
éthérées, chant baigné dans un clair-obscur alangui : les chansons de Violens
suscitent le même étourdissement qui précède un premier baiser. Une madeleine
de Proust pour les vétérans, un univers virginal pour les débutants. Car on ne
ressort pas indemne de Spectator &
Pupil, titre que l’on écoute jusqu’à l’épuisement et sommet d’un Ep
inaugural qui a déjà connu plusieurs vies et labels et offre surtout d’autres
surprises mélodiques. Alors, si les radieuses sixties ont droit de Cité –
celles de The Byrds et The Zombies en guise de mètre étalon –, ce sont surtout
les nébuleuses eighties telles que vécues sur les rives de la Mersey qui
hantent l’auditeur. The Wild Swans et The Lotus Eaters en figures de proue, The
Teardrop Explodes et The Pale Fountains en garde-fous. Au sujet de ces
éventuelles accointances, Jorge rigole, préférant mentionner, parmi ces
artistes préférés de Liverpool, “OMD,
Dead Or Alive et Carcass”. Avant d’insister sur sa passion générique pour
le black metal. Dont on ne retrouve toujours aucune trace sur un Ep de remixes
(mention très spéciale aux Lilys, responsables de la métamorphose de la fragile
Already Over en un Already Oslo bondissant) et un single
vinyle, Lightning Lightning,
récemment publié sur l’impeccable structure britonne Chess Club Records. Et
alors que le groupe peaufine aujourd’hui son premier album, il est encore trop
tôt pour savoir si ce disque dont on attend monts et merveilles saura rivaliser
avec la magie ingénue de ces premiers pas transcendants. Et fera de Violens,
pour tout mélomane avide de sensations oubliées, une fin en soi.