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Petites causes, grands effets. Qui aurait pu croire, en effet, que la séparation en 2007 des très méconnus Lansing-Dreiden (dont les vertus furent, certes, célébrées en ces pages à l’occasion de la sortie de leur second LP, The Dividing Island, 2006) donnerait un jour naissance au meilleur groupe anglais originaires des États-Unis ? Pas grand monde, sans doute. Pas même peut-être Jorge Elbrecht, guitariste désœuvré après le split de la formation susnommée, alors qu’il recrutait progressivement les autres membres de Violens et construisait, au fil des mois, une réputation plus que méritée, tenant davantage aux qualités intrinsèques de ses chansons qu’à la renommée des quelques peoples branchés croisés dans son réseau social (sa dulcinée Caroline Polachek, ses copains MGMT). Dans le droit fil du EP magistral qui leur avait servi de carte de visite (V, 2009) et du récent single, ici repris, Acid Reign, les New-Yorkais tiennent donc leurs innombrables promesses sur ce premier album dont on n’a pas fini de chanter les louanges.

Pour être franc, ce qui charme au premier abord chez Violens et crée se sentiment immédiat de profondes affinités, ce sont avant tout les références partagées aux années 80, la même passion profonde pour la plupart des formations majeures du Nord de l’Angleterre, de The Pale Fountains à The Smiths en passant par The Lotus Eaters ou The Teardrop Explodes. Mais, à l’écoute d’Amoral, on ne reste pas longtemps prisonnier du jeu des correspondances consistant à retracer la généalogie musicale de tel ou tel titre à coup de tests de paternité musicale. Ce qui impressionne ici, davantage encore que l’étendue de la culture du groupe, c’est sa capacité à porter sur le passé une forme de regard dépourvu de la moindre nostalgie, où l’impertinence et l’audace l’emportent largement sur le respect et la dévotion. Nulle trace ici de Violens scolaire. Entre psychédélisme délirant et mélodies plus limpides les unes que les autres, la bande de Jorge Elbrecht traite notre collection de CD préférés avec le même aplomb que César lorsqu’il compressait ses voitures : on croit bien reconnaître, çà et là, dans le produit final, les résidus d’un phare ou l’éclat de la carrosserie d’une aile. Il n’en demeure pas moins impossible de décomposer de manière analytique cette synthèse archicondensée qui forme une œuvre originale en elle-même. Violens fait très mal.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #146


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