L'acteur-réalisateur-scénariste-compositeurpeintre-couturier-plasticien-vidéastepubliciste Vincent Gallo (anthologie en cours) achève aujourd'hui son premier véritable album, exception faite de la bande originale de son propre film, Buffalo 66, composée majoritairement par ses soins. Mais le CV du New-Yorkais, passionnant ou exaspérant selon où l'on se place, ne dessert aucunement son disque. Gallo y témoigne au contraire d'une érudition et d'une intuition musicale remarquables, dont l'aspect arty n'est jamais gênant. Cette collection de chansons semi-improvisées, principalement à la guitare électrique, et dont la moitié est instrumentale, distille une mélancolie naïve qui peut rappeler le Sun Ra le plus intime (le trip hop "arte povera" de I Wrote This Song For The Girl Paris Hilton). On pense surtout au jazz "gloomy" de grandes figures comme Paul Desmond et bien sûr Chet Baker, dont la voix blanche de Gallo est un écho nocturne tout à fait saisissant. Sur l'émouvant Was, on peut même déceler l'amour du bonhomme pour de petites comptines touchantes comme le Moonchild de King Crimson, déjà présent sur Buffalo 66. Pourtant, jamais ces références ne pèsent. Gallo a beau citer Marcel Duchamp à longueur d'interviews, il reste heureusement un amateur éclairé dont le bagage musical sert en toute spontanéité le propos dépouillé et rêveur. Ainsi, ces chansons d'amour malheureuses et candides possèdent un charme immédiat, qui s'élève bien au-delà des fantômes de Chelsea et des relations de Vincent Gallo dans les galeries d'art new-yorkaises. Lisez le segment intitulé "Vinny Gallo is a piece of shit" dans le roman d'Asia Argento, I Love You Kirk, et vous comprendrez pourquoi le coq Gallo a du souci à se faire avec les filles.