En se décidant à rallier systématiquement des compagnons de route prêts
à aménager de leur empreinte musicale ses méditations dépressives et teintées
d’humour, Vic Chesnutt est parvenu, depuis quelques années, à renouer avec une
inspiration parfois un peu déclinante au cours de la seconde moitié de la
décennie 90.
Après Bill Frisell et Van Dyke Parks sur Ghetto Bells (2005) et A Silver Mt. Zion sur North Star Deserter (2007), c’est au tour d’Elf Power de jouer le
rôle de backing band intérimaire.
Moins enjoués qu’à l’accoutumée, les vieux briscards de la scène indépendante
d’Athens composent un climat folk rock gothique qui sied à merveille aux
élucubrations toujours aussi imagées et poignantes de leur hôte. Dans ce
contexte musical rustique et chargé d’électricité, Chesnutt se voit contraint
de muscler son jeu, atteignant par moments l’intensité menaçante et désespérée
du Fear de John Cale ou du Street Hassle de Lou Reed (ce n’est pas
un hasard si Little Fucker s’enrichit
même de quelques citations directes
tirées de Some Kinda Love du Velvet).
Épaulé par ses brillants comparses, l’ancien protégé de Michael Stipe retrouve
une énergie salutaire qui lui permet, tour à tour, de protester, grimacer,
ricaner face à la maladie et à la mort sans jamais sombrer dans l’auto
complaisance. Drôle et sombre à la fois, Dark
Developments apparaît comme une preuve supplémentaire des vertus du travail
d’équipe.