Que pouvait bien faire Venus après l'immaculé Vertigone (2004) ? Ayant prouvé son amabilité sans se compromettre, devait-il encore gagner en séduction ? Certainement pas. Pour The Red Room, les Belges ont au contraire choisi d'épurer leur propos au maximum, de revenir à l'essentiel. Et donc de se frotter à l'électricité, au blues, à l'orage. La lente ascension de Here & Now en ouverture donne le ton : le lyrisme de Venus rime désormais avec minimalisme. The Red Room est peint avec le sang séché des exaltations passé. La rugosité du son contrarie d'abord nos envies de pop élégiaque, et l'on peine à pénétrer ces chansons au goût de cendre. Pourtant, le jeu en vaut la chandelle. Au fil des écoutes, le frisson s'amplifie, les vannes s'ouvrent, et il n'est plus question de faire marche arrière. La contrebasse et la batterie hypnotiques, les guitares ténébreuses et les ornements subtils de violoncelles avancent vaillamment sur le fil du rasoir, en équilibre entre ciel et mer, enfer et rédemption. La voix de Marc A. Huyghens est toujours miraculeuse (celle d'un miraculé), et ses textes sobres parviennent plus d'une fois à briser les coeurs de passage. Le producteur anglais Head prouve qu'il sait se faire discret, offrant au disque cette cohérence quasi monolithique qui permet d'éprouver le chemin parcouru depuis Welcome To The Modern Dance Hall (1999). Et même si la seconde partie de l'album est mélodiquement moins inspirée que la première (on pense aux sublimes Love & Loss et Underwater), la tension retombe rarement, entretenue par ces musiciens fiévreux que rien ne peut guérir. Eux seuls pouvaient imaginer cette Chambre Rouge pétrifiée par la mélancolie.