Qu'il s'agisse de Franck Langolff, Serge Gainsbourg ou Lenny Kravitz, Vanessa Paradis a toujours évolué musicalement sous l'aile de compositeurs exclusifs. Il est probable qu'un esprit aventureux comme le sien n'ait pu se satisfaire longtemps d'un tel état de fait : relevant le défi, notre Lolita préférée s'est finalement emparée d'une guitare et mise à la composition. Il est d'ailleurs étonnant de constater que ce sont les morceaux écrits par d'autres un petit quart du disque seulement qui s'avèrent les plus faibles. Les grands moments de l'album sont finalement ceux où Paradis se raconte le plus, soient St. Germain (chanson co-écrite avec son compagnon Johnny Depp), Firmaman et La Ballade De Lily Rose, irrésistible berceuse pour sa petite fille. Car, effectivement, une fois passés les poussifs L'Eau Et Le Vin (on a connu Bashung musicalement plus inspiré) et Commando (où Langolff recycle... Langolff) on tiendra sous silence les textes de Didier Golemanas , ce quatrième album convainc. Secondée par le populaire M, présent sur la quasi-totalité des morceaux, Paradis délivre un condensé de sa carrière déjà bien chargée, ou la métamorphose d'une petite lycéenne en égérie post seventies transfigurée par sa récente maternité. Avec une mention spéciale à Pourtant (pour les excellentes paroles de Franck Monnet) et La La La Song, jolie petite ballade soul cuivrée. N'en déplaise à ses irréductibles détracteurs, Vanessa Paradis nous offre avec Bliss un disque généreux.