À une autre époque, Vanessa Quinones aurait pu être pasionaria situationniste, actrice culte de la bande de Pierre Clémenti, chanteuse de cabaret éternellement amoureuse... Cette pétulante poupée de son incarne tous les fantasmes qu'on veut bien imaginer à son sujet. C'est en tout cas sur ce registre de velours que le premier album de Vanessa And The O's pose ses pattes, tout entier tourné vers sa meneuse de revue chic et sensuelle. Française exilée à Londres, demoiselle de Passy un peu rebelle, avide d'expérimentations musicales, pétillant de rêves pop et de poésie, elle donne à ce projet musical moderne son souffle, son esprit et son âme. Et sa voix, surtout. Nue et ingénue, elle évoque les soupirs de Nico, la mélancolie de Françoise, les insolences de Brigitte, ou encore les chuchotements de sa plus contemporaine cousine d'exil Dominique (Ivy). Si les étoffes qu'elle enfile à longueur de litanies soyeuses semblent décidément d'époque, période 1950-60 option Spector s'il vous plaît, la coupe est résolument moderne. Les efforts conjugués de ses magiciens d'O's (James Iha, Niclas Frisk d'Atomic Swing, Andreas Mattson de Popsicle ainsi que Pelle Gunnerfeldt) expliquent d'ailleurs peut-être les trésors de production déployés dans ce disque. Ces prolifiques correspondants musicaux, éparpillés de Londres à New York en passant par la Suède, ne sont visiblement pas gênés aux entournures par le choix des instruments (aériens et tintinnabulants de préférence) ou des genres (musique de chambre sur Gorgeous Death ou BO sur le poignant Stand). Ce premier album bien balancé détient en outre un sacré atout avec une bluette élégante qui ferait passer Claudine Longet pour Nina Hagen, Charlie Charlie, ou l'invitation parfaite à l'alanguissement. Un disque conseillé à tous les hypoglycémiques.