Rarement titre aura été mieux choisi. Valérie Lemercier, celle de La Renardière, chante. Et plutôt bien d'ailleurs. Sur des musiques d'une qualité exceptionnelle dûes à Bertrand Burgalat (producteur entre autres de Dominique Dalcan et arrangeur sur Intoxicated Man de Mick Harvey), elle impose sa personnalité en même temps que ses mots, et ce dès Quand Je L'Ai Vu. "Ressemble-t-il à sa mère ? (...)Aime-t-il la bière?". Nulle pseudo-poésie ici, mais une confiance appréciée du pouvoir d'évocation de la langue française, proche en cela de Miossec ou de Dominique A. Actrice et auteur, la dame a le sens du détail - le gilet de cuir du séducteur de Goûte Mes Frites - mais laisse le cynisme au vestiaire en assumant son statut d'égérie pop sans aucun complexe (95C, où la voix joue la carte du contraste en appelant à la rescousse Jane B.). Plus Brigitte Bardot que Jeanne Moreau pour l'instant sur Paris Secret qui cite Mazarine en guise de Fille D'Ipanema, ou sur Taisons-Nous, équivalent français de Enjoy The Silence, cette Valérie-là joue sur du velours grâce au tiercé gagnant suivant : Mon Oreille Pleure, sorte de détournement vers le bon goût de Pour Un Flirt Avec Toi. Puis Dormir Dans Ton Lit, touchant exercice de style, digne du meilleur Saint Etienne. Enfin, Bungalow, où les dernières barrières s'abaissent, vaincues par une synthèse parfaite entre l'esprit d'Elegance (Vacances J'Oublie Tout) et un disco au goût de Pop Corn. L'alerte aux tubes est générale, tant en dix morceaux tout y passe. Trompette façon Comment Te Dire Adieu, arrangements dignes de figurer sur Melody Nelson, sons de moog du niveau du Robin's Nest, instrumentations diverses repérées du côté de Tijuana Brass, choeurs "pulpiens" savamment ourlés. Profitez-en avant la gloire à l'échelon international. Extrême dans ses partis pris. Excellent quant à sa réalisation. Extraordinaire hommage, cinq ans après sa disparition, au grand Lucien Ginzburg.