Ils avaient attaqué très fort avec leur version hip hop du Cantaloupe Island. En 1993, les US3 semblaient alors à la pointe d'une fusion jazz hip hop promise au futur le plus radieux. D'autant que le groupe signé chez Blue Note avait toute liberté pour aller piocher des sons dans le catalogue du label. La suite de l'histoire avait prouvé qu'il ne suffit pas d'un bon concept pour produire de la bonne musique. Geoff Wilkinson, cheville ouvrière de US3, s'est acharné avec raison. Pour ce nouvel album, il a (enfin ?) réalisé qu'il était stérile d'user un bon sample jusqu'à la trame. Les séquences empruntées sont plus courtes, le travail mélodique plus précis, les décalages plus francs. Ainsi, Dead End Street, est basé sur un thème de McCoy Tyner, le pianiste de Coltrane, mais se transforme en un rap sombre et obsessionnel. C'est d'ailleurs l'un des seuls titres noirs d'un album plutôt jovial. Clé de sa réussite, Wilkinson a trouvé les voix qu'il lui fallait : le rappeur Michelob, mais surtout la très soul sister Crockett, découverte chez King Britt. You Can't Hold Me Down, avec ses thèmes croisés au saxo et au sitar, pourrait refaire le même coup que Cantaloupe Island, avec ses effluves 60's dopées au rap urbain. Et quand Alison Crockett chante sur le très samba Let My Dreams Come, c'est une nouvelle Shirley Bassey qu'on croirait entendre. Sans annoncer une révolution, ce disque propose l'une des versions les plus naturelles et les plus chaudes de la convergence jazz hip hop, sur un mode léger et dansant, superficiel mais parfait pour vos soirées lounge.