U2 l'avait annoncé haut et fort : le successeur de Zooropa - Passengers n'étant qu'une parenthèse discographique - serait rock ou ne serait pas. Une nouvelle fois, le groupe allait donc se renouveler. Mais manifestement entre les intentions initiales et le résultat final, Bono et ses petits copains - perméables aux dernières sensations musicales et sous l'influence d'un certain Howie B - ont sensiblement changé leur approche. Pop se veut être le reflet d'une époque. Soit. Il faudra donc prendre ce titre comme le premier signe de cette volonté fédératrice. Pop pour musique populaire. Malheureusement, chacun sait qu'il n'est pas toujours aisé de passer de la théorie à la pratique. Et loin de former un tout, cet album développe plusieurs approches. La première lorgne sur les pistes de danse, privilégie les gimmicks et le scintillant. Discothèque ou Mofo sont de ces titres qui renvoient aux Chemical Brothers et autre Prodigy, la culture club en moins, les paillettes et l'expérience en plus. Efficaces à défaut d'être ravageurs. Dans un autre registre, celui qui laisse la part belle aux chansons, U2 semble plus à son aise. Do You Feel Loved, If You Wear That Velvet Dress, Please ou Wake Up Dead Man sont les preuves éclatantes d'un talent mélodique intact. Ailleurs, sur Gone par exemple, on jurerait que les Irlandais ont croisé Soul Coughing à la Knitting Factory. On regrettera pourtant que pour donner un semblant de cohésion au disque, groupe et producteurs - en l'occurrence Flood et Howie B - aient saupoudré trop souvent le tout d'un habillage électronique pas toujours bienvenu. On a connu Howie B meilleur truqueur que cela. Seul Miami s'affiche sans fard, laissant à The Edge une plus grande liberté et redonnant à Bono son habit préféré, celui de clown triste. Au final, Pop laisse donc des regrets. Ce n'est pas la première fois que U2 se fixe un objectif ambitieux mais cela faisait longtemps qu'il n'avait pas réussi à totalement l'atteindre.