En voilà au moins un qui essaie de s'en sortir : Tim Foljahn, redoutable broyeur de blues vraiment noir, croque-mort du folk le plus sec, serial-killer de la country décharnée, enregistrant ses plaintes en lo-fi avec l'aide de Steve Shelley de Sonic Youth. Auteur d'albums vraiment dérangeants comme Let Me Bring You Down (95) et Burned & Buried l'année suivante, Tim Foljahn chantait en direct de la cave des histoires de puits sans fonds et d'amis morts. Mais aujourd'hui, l'Américain va (un peu) mieux et sort enfin de l'ornière lo-fi avec ce Weak Beats... aux rythmes fringants, aux mélodies enviables et renforcées par des voix féminines enjôleuses. Un vrai bon disque de rock, basique et tendu, proche de l'album Knock Knock de son compère Smog, un autre cas enfin sorti de l'autisme. Finalement, ce rock U.S., entre campus et campagne, après avoir exalté la production chiche et l'inspiration glauque, reprend du poil de la bête, flaire la piste des songwriters ténébreux (Neil Young, Lou Reed et surtout Leonard Cohen) laissée en jachère depuis les 70's. Two Dollar Guitar nage dans ces eaux noires avec une belle facilité, sa voix au-dessous du niveau de la mer flatte les comparaisons tandis que ses chansons parfois s'envolent dans les airs, le groupe restant, lui, solidement ancré sur la terre ferme. Un rock en 3D avec une guitare à 2 $, fallait le faire.