Ce premier album solo de l'ex-leader de Chokebore confirme ce que laissaient déjà transparaître les dernières oeuvres les plus troublantes du trio hawaïen. On savait déjà depuis un moment que ce gentil géant n'émargeait pas aux rangs de "l'amicale des joyeux déconneurs". La disparition du mur de guitares saturées derrière lequel il dissimulait encore parfois ses émois les plus intimes ne fait qu'étayer cette intuition. Le malaise suinte de manière encore plus criante de ces seize titres aux tonalités acoustiques. Seize récits de beuveries et de déceptions amoureuses qui surgissent du néant par bribes, pour mieux s'y engloutir de nouveau quelques instants plus tard, évoquant ainsi les tremblements désespérés du cultissime Niandra LaDes & Usually Just A T-Shirt de John Frusciante. Ces morceaux en forme d'écueil, sur lesquels voix et guitares viennent se briser, laissent apparaître une âme à marée basse et quelques os à nu, pleins de fractures mal réduites. Difficile, donc, de contempler ces confessions déchirantes sans se ruer sur le tube de Prozac (ou sur la bouteille de gnôle, il en faut pour tous les goûts), mais on ne peut que saluer leur impudeur fascinante et la capacité de Von Balthazar à y dépeindre sa détresse sans complaisance ni concession.