Retour des Californiens Trespassers William après un Stars poisseux et agaçant comme un bonbon à la fraise collé sous un pied de chaise, qui dilapidait sans scrupules l'héritage de Mazzy Star. Trop de sucre et pas assez de goût, l'album coupait l'appétit. Sur Having, le quatuor a corrigé l'un de ses principaux défauts : une approche trop appuyée et putassière des mélodies qui entendait refourguer de la mélancolie comme un paquet de guimauve. Pour cela, Trespassers William a choisi un chemin singulier : après avoir répété inlassablement ses nouvelles chansons, le groupe s'est isolé, loin de chez lui, dans une maison louée près de Seattle. Sans contraintes, il y a enregistré et produit lui-même son disque, portant une attention particulière aux détails, au son et aux rythmiques. La dernière étape s'est déroulée à New York en compagnie de Dave Fridmann, qui a mixé l'album avec un discernement et une délicatesse inespérés. Mais ces efforts seraient restés vains sans des chansons à la hauteur. Et c'est la deuxième bonne nouvelle qu'apporte Having: l'écriture s'est affinée, les mélodies épurées gagnent en puissance. Sur un lit de guitares (forcément) grésillantes, I Don't Mind est une merveille triste et langoureuse. Ledge allonge sa mélodie épuisée sur un édredon de synthés, avec des choeurs élégiaques et une rythmique bourdonnante. Un jeu de guitare fluide éclaire Low Point quand No One se laisse guider par la seule mélodie vocale, dans une ambiance atmosphérique à la Brian Eno. Ici, comme sur l'ensemble du disque, la voix magnifique d'Anne-Lynne William joue sur du velours.