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À l'heure (tardive) d'écrire des longues ballades crépusculaires, de façonner des instrumentaux à la nudité aveuglante, d'élaborer ces ambiances dignes des plus troublants films noirs, force est de constater que les Américains sont de loin les plus doués. Ce que prend un malin plaisir à confirmer Transmissionary Six sur son opus éponyme. Un premier album, certes, mais qui est l'oeuvre de deux personnages ayant déjà prouvé leur habileté à imaginer une musique ouverte sur les grands espaces désertiques, à plonger dans un clair-obscur grisant des compositions à la désarmante simplicité. Derrière ce nom mystérieux, se cachent en effet Paul Austin, démissionnaire du Willard Grant Conspiracy, et Terri Moeller, membre à part entière de The Walkabouts, tout juste épaulés, le temps du sépulcral Rodeo Satellite, par deux autres personnages déjà évoqués dans ces colonnes, nos compatriotes Marianne Dissard et Naïm A m o r. Pas si étonnant, dès lors, de vite trouver ses marques dans un univers où la discrétion le dispute à la perfection. Chant suggéré, atmosphères fascinantes, musicalité des silences, orchestrations lancinantes, vigueur des non-dits créent un univers fantasmé, déjà visité auparavant par Neil Young, Mazzy Star ou les Red House Painters de Medicine Bottle. Mais, loin d'être éclipsé par de telles ombres tutélaires, Transmissionary Six leur tient la dragée haute et s'aventure même parfois à jouer le rôle du professeur (le martial Short Wave Hello en ouverture ou, surtout, le magnifique Dog Eared, enfant caché de Cortez The Killer et Fade Into You). Depuis Seattle, où résident ces deux orfèvres, la transmission avec le Vieux Continent avait rarement été aussi bonne.
Christophe Basterra
MAGIC RPM  #67
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