L’amour de la pop, entend-on souvent, trouverait sa
source dans une nostalgie régressive pour le monde de l’enfance, une volonté
d’échapper à une réalité trop complexe et grisâtre à coup de mélodies sucrées
et de colorations naïves. Même s’il n’est pas dénué de tout fondement, ce
poncif paresseux apparaît bien trop réducteur. Il tend surtout à occulter les
distinctions fondamentales entre les soirées gloubi-boulga et l’esthétique
primitive, entre Casimir et Pascal Comelade, bref, entre le désir névrotique et
simpliste d’un confort rassurant et la
quête légitime d’un regard artistique qui parviendrait, en consentant librement
à jouer autour de ses propres limites, à faire abstraction de l’accumulation de
règles et de formes déjà rebattues. Avec leurs faux airs de ravis de la crèche
et leurs chansons bricolées sur des instruments de quatre sous, Sébastien
Broca, Maxime Chamoux et David Simonetta assument crânement le risque de la
confusion et du malentendu.
Ils l’entretiennent même avec humour en choisissant un patronyme qui n’évoquera aux oreilles trop pressées que des batailles dérisoires entre soldats de plomb alors que les initiés, plus attentifs, y reconnaîtront un clin d’œil à un morceau peu connu d’Arab Strap, dans lequel les jouets qui jonchent le sol au petit matin sont autant de résidus de drames nocturnes exclusivement réservés aux adultes. Sauvé du naufrage, par la grâce de City Slang, à la suite d’un sabordage consécutif à la sortie d’un premier album autoproduit (Anagram Dances, 2006), le trio parisien, rejoint par trois nouveaux membres, parvient donc à façonner un univers plein de charme et de fraîcheur, tout en maîtrisant une palette de sons et d’émotions qui dépassent de très loin les frontières exiguës du vert paradis des amours enfantines. Très vite, Your Own Fireworks ou Tiffany dévoilent, derrière l’apparente simplicité des notes tintinnabulantes du piano, du banjo ou du xylophone, une profusion de raffinements inattendus : des ruptures de rythme et un vrai pont, comme chez les grands, une modulation à la Pale Fountains, une fanfare et des cordes qui s’envolent déjà bien au-dessus des bacs à sable.
Et si une pincée de bric ou une touche de broc suffisent à esquisser les contours de ces mobiles sonores à l’équilibre fragile, plus proches de Calder que de Fisher-Price, c’est bien parce qu’elles sont savamment dosées par des musiciens accomplis, capables de tirer profit sans servilité de leurs influences les plus évidentes (Belle & Sebastian, The Kinks, Nino Rota, le tropicalisme en général et Tom Zé en particulier). Dans un monde où l’innocence calculée est instantanément transformée en argument marketing, où le moindre joueur de ukulélé est néostarifié sur l’autel de la branchitude, Toy Fight rappelle de manière judicieuse qu’il ne suffit pas de louer les services de Rémy Bricka pour devenir le Douanier Rousseau de la chansonnette ni de pondre une scie radiophonique en se targuant de repousser Les Limites de l’art légitime pour s’émanciper des conventions existantes. Nulle trace ici d’une semblable superficialité.
Comme d’autres grands albums aux apparences hétéroclites – Ram (1971) de Paul McCartney en tête –, Peplum gagne même en cohérence et en profondeur au fil des écoutes. On y décèle ainsi, çà et là, les marques d’une réflexivité mature et pertinente sur la forme musicale elle-même, entre bribes d’ambiance sonores intentionnellement conservées comme autant de coutures apparentes (The Soldier), ponctuations distanciées, sous forme d’interludes, où chaque membre présente successivement un point de vue plus personnel et chansons en abîme, lorsque le groupe s’interroge sur la capacité d’une mélodie à exercer une influence vitale sur l’auditeur (Where The Avalanches Are) avant de recomposer un dialogue imaginaire entre un couplet et un refrain (Minute Song).
Cette esthétique à la fois ludique et ambitieuse le conduit également à juxtaposer, en plein cœur de l’album, deux versions différentes et méconnaissables d’une même chanson afin d’en révéler, tour à tour, les aspects solaires (The If Song et ses sifflotements radieux) puis les méandres plus crépusculaires (High Noon, tube potentiel en forme de sprint rock échevelé). Vainqueur haut la main de cette première bataille rangée, Toy Fight est donc parvenu à maîtriser jusqu’au bout le balancier instable qui équilibre tout grand disque pop : espiègle sans être bêtifiant, parfois mélancolique sans excès de nostalgie, Peplum possède une belle âme d’enfant dépouillée de toute trace d’infantilisme.
Ils l’entretiennent même avec humour en choisissant un patronyme qui n’évoquera aux oreilles trop pressées que des batailles dérisoires entre soldats de plomb alors que les initiés, plus attentifs, y reconnaîtront un clin d’œil à un morceau peu connu d’Arab Strap, dans lequel les jouets qui jonchent le sol au petit matin sont autant de résidus de drames nocturnes exclusivement réservés aux adultes. Sauvé du naufrage, par la grâce de City Slang, à la suite d’un sabordage consécutif à la sortie d’un premier album autoproduit (Anagram Dances, 2006), le trio parisien, rejoint par trois nouveaux membres, parvient donc à façonner un univers plein de charme et de fraîcheur, tout en maîtrisant une palette de sons et d’émotions qui dépassent de très loin les frontières exiguës du vert paradis des amours enfantines. Très vite, Your Own Fireworks ou Tiffany dévoilent, derrière l’apparente simplicité des notes tintinnabulantes du piano, du banjo ou du xylophone, une profusion de raffinements inattendus : des ruptures de rythme et un vrai pont, comme chez les grands, une modulation à la Pale Fountains, une fanfare et des cordes qui s’envolent déjà bien au-dessus des bacs à sable.
Et si une pincée de bric ou une touche de broc suffisent à esquisser les contours de ces mobiles sonores à l’équilibre fragile, plus proches de Calder que de Fisher-Price, c’est bien parce qu’elles sont savamment dosées par des musiciens accomplis, capables de tirer profit sans servilité de leurs influences les plus évidentes (Belle & Sebastian, The Kinks, Nino Rota, le tropicalisme en général et Tom Zé en particulier). Dans un monde où l’innocence calculée est instantanément transformée en argument marketing, où le moindre joueur de ukulélé est néostarifié sur l’autel de la branchitude, Toy Fight rappelle de manière judicieuse qu’il ne suffit pas de louer les services de Rémy Bricka pour devenir le Douanier Rousseau de la chansonnette ni de pondre une scie radiophonique en se targuant de repousser Les Limites de l’art légitime pour s’émanciper des conventions existantes. Nulle trace ici d’une semblable superficialité.
Comme d’autres grands albums aux apparences hétéroclites – Ram (1971) de Paul McCartney en tête –, Peplum gagne même en cohérence et en profondeur au fil des écoutes. On y décèle ainsi, çà et là, les marques d’une réflexivité mature et pertinente sur la forme musicale elle-même, entre bribes d’ambiance sonores intentionnellement conservées comme autant de coutures apparentes (The Soldier), ponctuations distanciées, sous forme d’interludes, où chaque membre présente successivement un point de vue plus personnel et chansons en abîme, lorsque le groupe s’interroge sur la capacité d’une mélodie à exercer une influence vitale sur l’auditeur (Where The Avalanches Are) avant de recomposer un dialogue imaginaire entre un couplet et un refrain (Minute Song).
Cette esthétique à la fois ludique et ambitieuse le conduit également à juxtaposer, en plein cœur de l’album, deux versions différentes et méconnaissables d’une même chanson afin d’en révéler, tour à tour, les aspects solaires (The If Song et ses sifflotements radieux) puis les méandres plus crépusculaires (High Noon, tube potentiel en forme de sprint rock échevelé). Vainqueur haut la main de cette première bataille rangée, Toy Fight est donc parvenu à maîtriser jusqu’au bout le balancier instable qui équilibre tout grand disque pop : espiègle sans être bêtifiant, parfois mélancolique sans excès de nostalgie, Peplum possède une belle âme d’enfant dépouillée de toute trace d’infantilisme.