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Underneath The Pine de Toro Y Moi

chronique d'album
Alors que nous louions dans ces pages les délices de Causers Of This (2010), le premier essai flamboyant de Toro Y Moi, Chaz Bundick promettait pas moins de deux albums. Heureusement, cette longue attente ne fut pas vaine. Car au lieu de livrer deux LP inaboutis, le pape de ce que l'on nomme la chillwave a choisi de parfaire un unique disque d'une élégance formelle absolue, et (surtout) surprenant. Mais que l'on se rassure aussitôt… L'essentiel de l'art de Toro Y Moi demeure : les compositions chromatiques et soyeuses ravissent toujours les tympans les plus délicats et caressent les rêves de l'auditeur de toute la richesse de leur palette sonore. Soucieux de ne pas se laisser enfermer dans un genre, le prodige, qui s'était illustré en orfèvre du phrasé copier/coller, abandonne ici les samples. Sur Underneath The Pine, tous les instruments sont joués en prise directe avec une dextérité irréprochable. Les morceaux glissent sur un groove distant, savant et soutenu par une basse flottante digne de Stereolab. Derrière l'indolence de façade, une innocence contrariée par un spleen étrange semble planer sur les titres de ce nouveau chef-d'œuvre.




Si l'on danse encore volontiers sur ce disque hanté par le deuil d'un ami (et plus généralement par l'absence), l'insouciance n'est plus de mise. Un curieux et vénéneux oxymore musical règne désormais sans partage dans les compositions du natif de Columbia. Très habile dans l'art d'ériger des ponts (joignant les parties de ses chansons et les genres), il marie la tristesse de la perte de l'être cher et la douceur cruelle de la nostalgie dans la légèreté de ses rythmes funk. Le chant de sirène de l'introduction offre ainsi un résumé parfait des intentions cinématographiques d'Underneath The Pine, François de Roubaix (influence majeure et avouée) croise le meilleur de Jean-Claude Vannier et Air dans l'humeur d'une rencontre inquiétante. Sur la renversante How I Know, Chaz envisage sa propre mort et confie ses dernières volontés et autres regrets dans un refrain merveilleusement mélancolique. En alchimiste astucieux, il se joue à merveille du contre-emploi, créant sans cesse un décalage raffiné entre le space disco, le funk, les bandes originales psychédéliques, la danse, la sensualité et la tristesse. Avec son catalogue de références et sa grâce altière Underneath The Pine est peut-être l'un des meilleurs albums de pop française jamais enregistrés par un Américain, et c'est assurément de ce genre de trésors que la musique d'ici devrait toujours être faite.

> Écoutez Underneath The Pine en intégralité.
Xavier Mazure
MAGIC RPM  #149


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xavier - 11/03/2012 22:12
ça, c'est gentil Herr Schlass !
@GuntherSchlass - 01/07/2011 13:42
oi oi Xavier,
J'aime vraiment bien ton style. Tu places l'émotion à l'écoute au dessus de tout (hype, name-dropping, posture) et c'est toujours modeste et très juste. Merci pour cette belle critique en tout cas.
T'as pas un twitter ;) ?