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Causers Of This de Toro Y Moi

chronique d'album
On avait découvert Chaz Bundick l'an passé avec l'excellente collection de démos My Touch et le fameux single Blessa. Aussitôt classé avec Memory Tapes, Eon, Neon Indian ou son pote Washed Out sous l'étiquette chillwave, Toro Y Moi n'en démontrait pas moins une forte personnalité et une capacité étonnante à ordonner un syncrétisme improbable d'influences diverses sous le lien de ses synthétiseurs lo-fi – en l'occurrence, on dit désormais glo-fi. Par ici, on sent qu'Ariel Pink est passé, là c'est Gang Gang Dance qui semble avoir laissée son empreinte, ailleurs on peut savourer la distante sensualité d'un Phoenix, entendre des samples funk, de nombreux beats hip hop ou des ritournelles dansantes marquées par les années 80.

Pourtant, rien ne laissait entendre que le chanteur du commun The Heist And The Accomplice se livrerait en solo à un tel exercice d'alchimiste, et il a bel et bien fallu attendre que le jeune homme de Columbia livre sa version du Master Of None de Beach House pour éveiller un intérêt mérité. La musique de Toro Y Moi est avant tout une affaire chromatique. Sur ce premier des deux albums destinés à paraître cette année chez Carpark (Dan Deacon, Adventure, Lesser Gonzalez Alvarez), le prisme entier est présent, les couleurs psychédéliques des derniers essais d'Animal Collective (Blessa), le feutre de Lansing Dreiden (Thanks Vision), les couchers de soleil hawaïens de Ducktails, la douceur des teintes de la french touch (Talamak, Low Shoulder), la fluorescence des samples funk. Même si l'on regrette parfois le caractère plus brut des premières démos figurant sur My Touch (les amateurs pourront se consoler avec un prochain disque annoncé comme plus “garage” ), on ne peut reprocher à Causers Of This son manque d'aspérités.

Il s'agit bien d'un parti pris artistique parfaitement  abouti donnant incessamment le sentiment d'une merveilleuse évanescence, proposant des textures lisses et rêvasseuses. Une étrangeté de tous les instants et une production flottante (chants inversés, variations de volume, réverbérations trainantes et légères) noient l'auditeur dans un océan de sons haletants. Une nonchalance chaleureuse et dansante contraste avec un rythmique plus dure. Avec son brassage de genres musicaux, ses allures oniriques et son élégante épure Toro Y Moi et ses amis de la chillwave inventent une autre cosmo pop : cosmopolite, cosmique et cosmétique.
Xavier Mazure
MAGIC RPM  #139


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