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Strange Little Girls de Tori Amos

chronique d'album
Tout à la fois album de reprises et disque à thèmes, Strange Little Girls se présente comme la relecture de douze morceaux composés au départ par des hommes et ici interprétés du point de vue du personnage féminin, souvent négligé dans la version d'origine. Appliquée à un échantillon de chansons qui frappe par sa diversité, du I'm Not In Love de 10cc à 97' Bonnie & Clyde d'Eminem en passant par Enjoy The Silence de Depeche Mode, l'idée a priori intéressante ne se transforme que partiellement en réussite concrète. En affichant d'entrée de jeu ses ambitions féministes, Tori Amos se retrouve vite coincée entre un fond dénonciateur et une forme finalement assez conventionnelle. Puisqu'il s'agit en effet de pointer du doigt et de la voix les affreux phallocrates dissimulés derrière d'incontestables figures du songwriting mâle, on pourrait légitimement s'attendre à ce que la déconstruction du point de vue machiste s'accompagne d'un peu plus d'audace et d'impertinence musicale dans cet anti-hommage. Un peu comme une Chan Marshall ne laissant sur ses pas que des chansons en lambeaux, aux trois-quarts détruites par ses vignettes perfides et minimalistes sur son Covers Record. Or, Strange Little Girls, pour peu qu'on fasse fi du projet écrit qui l'accompagne, sonne de manière étrangement convenue. Et les reprises, assez uniformément tristounettes, peinent à relever le défi que Tori Amos s'était initialement lancé, faute d'échapper à l'univers trop familier de l'adult rock. Les bonnes intentions, les bons disques : le décalage entre les deux n'est malheureusement pas nouveau.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #55
article extrait de :
MAGIC RPM #55 Commander ce numéro


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