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The Hungry Saw

archive mag mai 2008
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Le secret des unions les plus durables résiderait-il dans la capacité de ceux qui les scellent à tirer le meilleur parti de leurs aventures extraconjugales pour échapper à une routine souvent inévitable ? On serait tenté de le croire à l’écoute de The Hungry Saw qui marque le retour au bercail de Stuart A. Staples, revenu de ses deux (superbes) escapades solitaires. Expatriés en pleine campagne française afin d’y suivre leur leader, réduits à un simple trio de membres originels (Staples, bien sûr, épaulé par les fidèles Dave Boulter et Neil Fraser, respectivement claviériste et guitariste) auquel s’est adjointe une section rythmique toute neuve composée par Thomas Belhom et Dan McKenna, les Tindersticks célèbrent ainsi leur quinzième anniversaire de mariage en beauté. À vrai dire, The Hungry Saw a même tout d’une seconde lune de miel. Le retour de flamme quasi incendiaire commence par quelques notes de piano lentement égrenées qui servent précisément d’Intro à ce septième album : plantant le décor comme un vieil orgue de barbarie synonyme de nostalgie romantique et de plongée vers un passé aux contours incertains, elles ouvrent la voie à une série de chansons d’une indémodable splendeur. Yesterday Tomorrows, premier point culminant d’un disque de très haute volée, achève de donner le ton de ce retour vers le futur. Car on retrouve ici avec un immense plaisir les ingrédients qui constituaient la base de ce premier album indépassable surgi comme un OVNI dans le ciel musical de 1993 : les pulsations de l’orgue de Marbles, les frémissements vocaux si uniques de Stuart A. Staples, les staccatos de cordes qui surlignent délicatement cette écriture mélodique faite de pleins et de déliés. Mieux encore, les Tindersticks ont su peaufiner au fil du temps cette science si rare de la mise en forme des sons et parviennent, sous la houlette de Ian Caple, à capter, bien mieux encore qu’à leurs débuts, les innombrables nuances des sentiments amoureux. Alternant judicieusement, souvent au sein du même morceau, entre le dépouillement le plus nu et les crescendos instrumentaux les plus intenses, le groupe parvient à matérialiser les émotions contradictoires (Mother Dear, où les stridences électriques presque bluesy des guitares succèdent aux battements fragiles d’un cœur prêt à se fendre). Les Tindersticks enchaînent ainsi les coups de maître (Feel The Sun, The Other Side Of The World) pour composer, au final, non seulement le meilleur album jamais enregistré dans la Creuse, mais surtout l’un des jalons les plus étincelants d’une discographie toujours immaculée.

Matthieu Grunfeld

magazine num 120 article extrait de :
MAGIC RPM #120


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