En kiosque actuellement Commander

Entrevue - 25/11/09 de Tindersticks

interviews
Le 25 janvier prochain paraîtra Falling Down A Mountain, le huitième effort de Tindersticks. Une nouvelle escapade magnétique dans l'impeccable parcours des Anglais menés depuis toujours par Stuart A. Staples, songwriter sensuel doté d'une déroutante élégance. Ça tombe bien, c'est lui qui a décroché lorsque nous avons voulu en savoir plus sur ce disque à venir, et sur ses collaborations habituelles avec la réalisatrice Claire Denis.
[Interview par Catherine Guesde].


Magicrpm.com : Ce huitième album donne l’impression qu’il y a une énergie nouvelle chez Tindersticks. Est-ce le cas ? Est-ce qu’il faut voir dans cette pochette rayonnante l’indice d’un renouveau ?
Stuart A. Staples : Falling Down A Mountain est une sorte d’accomplissement pour moi. The Hungry Saw est né alors que quelque chose grandissait en nous. Après ce disque-là, on est partis en tournée et un déclic s’est produit : il y avait de nouveau de la vie dans le groupe, on a repris confiance - même si Tindersticks n’est toujours pas la formation la plus confiante du monde... L’idée et l’impulsion pour Falling Down A Mountain ont mûri à ce moment-là. Il y avait un réel enthousiasme.

Mais c’est encore trop tôt pour parler de renouveau, on peut simplement se fier à ce qui se passe sur le moment. À une époque, Tindersticks a continué alors que l’énergie avait disparu. Cette fois, je suis heureux d’avoir travaillé avec des gens qui étaient vraiment impliqués dans ce qu’ils faisaient. C’est tout ce qu’on peut souhaiter : que tout le monde reste investi à ce point. J’espère que ce sera le cas quand nous partirons en tournée.

À quoi fait référence ce titre, Falling Down A Mountain ?
Ça vient de la chanson du même nom, qui est plutôt abstraite. Le morceau a pour point de départ une sensation qui m’a saisi en pleine nuit. Je compose souvent à partir de rêves, et ce titre est particulièrement onirique. L’album est loin d’être narratif, c’est plutôt d’une collection qui doit – si tout se passe bien - exhaler une impression diffuse que l’on souhaite ensuite retrouver. Ou pas.

Vous dites avoir renoncé à certaines habitudes pour explorer des choses inédites. En quoi avez-vous procédé différemment cette fois ?
Oui, on a essayé d’avoir une nouvelle approche. Nous avons enregistré The Hungry Saw de façon très traditionnelle : les mêmes musiciens, les mêmes rôles pour chacun, les mêmes instruments sur tout l’album... Pour Falling Down A Mountain, on a cherché à approfondir chaque idée, quitte à nous mettre en danger. Nous n’avons pas débarqué en nous disant : « nous sommes les Tindersticks, et il faut qu’on écrive tel type de chansons ». Au contraire, nous avons cherché à libérer nos envies en laissant la moindre idée suivre son cours.

Le disque est enregistré maintenant, et je pense qu’il est vraiment différent des autres. Mais c’est la première fois que j’en parle à quelqu’un d’extérieur ! L’idée même que le public puisse l’écouter me semble encore étrange. J’ai l’impression qu’il y a deux minutes, j’étais encore dans le studio en train de m’arracher les cheveux... Peut-être que dans quelques années je pourrai en discuter en ayant du recul !

Il y a une tonalité plus soul sur l’album. Est-ce lié à l’arrivée du batteur Earl Harvin ?
Oui, je crois que Earl a amené quelque chose de neuf à la bande, comme Thomas (ndlr. Belhom) avait pu le faire sur The Hungry Saw en apportant sa touche abstraite. Disons que Earl est plus groovy. Ça transparaît sur tout le disque. Dans les deux cas, peut-être que mes idées avaient besoin de batteur comme Thomas ou Earl pour s’accomplir.

J’ai rencontré Earl par hasard à Berlin. Le courant est passé et nous avons pris rendez-vous pour la suite sans rien envisager de spécial. Au même moment, Thomas avait besoin de temps pour travailler sur ses propres projets. Tout s’est boutiqué naturellement. On a commencé le disque simplement, en se réunissant et en essayant de donner du sens à nos envies.

Falling Down A Mountain a été enregistré à la fois au Chien Chanceux, votre studio sis dans le Limousin, et à Bruxelles, au studio ICP. En quoi ces deux ambiances ont pu influencer l’atmosphère des chansons ?
On a commencé par travailler ici, dans le Limousin, mais on a vite décidé d’aller à Bruxelles pour fignoler la plupart des titres. Honnêtement, vu que The Hungry Saw avait déjà été enregistré ici, nous avions besoin de changer de cadre. Par la suite, pour certains morceaux nous avons gardé la version de Bruxelles ; pour d’autres, nous avons pris celle du Chien Chanceux.

N’est-ce pas difficile de travailler chez vous, dans une dépendance de votre maison ?
Non ; ça l’était au début, mais je travaille ici depuis quelques années maintenant. Et de toute façon, quand il faut en finir avec quelque chose, c’est toujours difficile, quel que soit l’endroit où on se trouve... Après avoir fait cet album et la BO pour White Material de Claire Denis, je suis bien content de ne pas avoir à retourner en studio de sitôt !

Il y a cette anecdote à propos de la chanson titre, Falling Down A Mountain qui aurait été enregistrée sur un téléphone portable, à l’improviste...
Quand tu fais de la musique, il te faut trouver un endroit où les gens puissent se rassembler, et réagir à ce qui se passe sur le moment. Nous avons réussi à créer un tel espace pour la première fois en travaillant sur Falling Down A Mountain (et sur White Material). L'enregistrement initial du titre Falling Down A Mountain n’était pas très abouti, mais on a réussi à capturer tout ce qui se passait. Puis on a continué à partir de là, de façon très spontanée. On n’a pas eu à se farcir toutes ces répétitions fastidieuses avant de débouler en studio. La chanson était là, dans l’air, il n’y avait qu’à la saisir. Pour d’autres morceaux, même si nous avons toujours recherché cette spontanéité, le processus a été plus long et plus douloureux ! (rires). Faire de la musique, c’est se planter dans la même pièce et laisser les choses se passer. Nous avons eu de la chance sur ce coup-là.

Quand vous arrivez en studio, vous n’avez pas une idée prédéfinie de ce que vous allez faire ?
Non, il faut laisser agir l’émulation. Tu arrives avec des propositions qui doivent inspirer le reste du groupe pour qu’il puisse se les approprier et en faire quelque chose. Même si tu débarques avec la meilleure idée du monde, si les autres n’y réagissent pas, elle ne sert à rien.

Pourquoi avoir demandé à Mary Margaret O’Hara de chanter sur ce disque ?
Je l’ai rencontrée à Toronto l’année dernière. On s’est bien entendus. J’ai repensé à elle en travaillant sur un morceau. Je lui ai fait écouter et elle a bien aimé, alors on a enregistré ensemble. Ça m’a beaucoup inspiré de chanter avec quelqu’un comme elle. C’est important que des femmes soient impliquées dans nos histoires, qu’on ne soit pas réduit à une bande de mâles. Mary Margaret apporte cette note féminine au disque.

Comment expliquez-vous que la musique de Tindersticks fonctionne aussi bien sur grand écran ?
On conçoit instinctivement notre musique comme quelque chose d’ambigu : elle n’est pas une chose précise, mais plein de choses différentes à la fois. Ça crée un espace de liberté où le rêve et l’imagination peuvent facilement s’immiscer.

Comment avez-vous procédé lorsque vous avez écrit la bande-originale de White Material, le prochain long-métrage de Claire Denis ?
Claire est très ouverte, elle ne nous dit pas : « je veux de la musique là et là ». Tout se fait assez naturellement. Nous avons regardé quelques images, mais nous voulions surtout nous imprégner de simples impressions et les laisser se développer. Le processus était très différent de celui de 35 Rhums, où on avait fait de la musique pour illustrer la vie de tous les jours. Là, c’était plus sombre, plus mystérieux et expérimental. C’est la bande-originale la plus abstraite que nous ayons faite.

Pensez-vous travailler avec Claire Denis indéfiniment ?
Cela dépend de nos emplois du temps respectifs. Quand Claire préparait son film Vendredi soir, j’étais en tournée et je composais un album, donc je n’ai pas pu travailler avec elle. Il faut aussi voir de quoi ses films ont besoin. En tous cas, je connais Claire depuis belle lurette, et le fait que nos liens se renforcent toujours un peu plus est en soi très enthousiasmant.

Vous avez également enregistré un titre pour le disque des musiciens de Jack The Ripper, The Fitzcarraldo Sessions. Envisagez-vous de collaborer avec d’autres artistes français, maintenant que vous vivez ici ?
Pour The Fitzcarraldo Sessions, ils m’ont envoyé des idées et m’ont demandé de chanter avec eux. J’ai aimé ce qu’ils me proposaient, donc je me suis lancé, sans savoir réellement ce qui allait advenir. J’ai beaucoup aimé travailler avec eux. Et j’écoute plein de musique française ; surtout des chanteurs du passé. Peut-être que ce serait bien de tenter une autre collaboration.

Souhaitez-vous continuer vos escapades en solo ?
Je ne sais pas. Je garde une vision romantique des périodes où j’ai travaillé seul, parce qu’à l’époque, j’avais du temps pour moi ! (rires). Je n’avais pas encore à empiéter sur ma vie privée... Pour l'instant, je me contente de conserver ce souvenir romantique dans un coin de la tête, et peut-être qu'un jour, je recommencerai à faire des disques en solo...
Catherine Guesde


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser