Pour célébrer la parution, grâce au label Constellation, de Claire Denis Film Scores 1996-2009, un coffret qui réunit l'ensemble des BO imaginées par Tindersticks pour les long-métrages de la réalisatrice française, Stuart A. Staples et son orchestre distillent une poignée de dates exceptionnelles à travers le monde, où les musiques de films s'incarnent en temps réel pour une subjugation maximale. Retour sur l'événement parisien qui a eu lieu jeudi dernier à l'initiative de Stage Of The Art et Agnès B. [Photographies et texte par Thomas Bartel].
Pour leur escale parisienne, après être passés par la Turquie et Londres, les Tindersticks investissaient l’église Saint-Eustache afin d'y célébrer les noces sacrilèges de leur musique en apesanteur et du cinéma sensoriel et charnu de l’immense Claire Denis. Depuis maintenant quinze ans d’une collaboration fructueuse, chaque film est l’occasion pour la formation de Stuart A. Staples d’apporter un contrepoint aux histoires elliptiques et romantiques, politiques et psychanalytiques, d’une cinéaste dont l’œuvre ausculte les liens amoureux ou territoriaux qui unissent des personnages au bord de la rupture. C’est dans la linéarité du quotidien qu’explosent les soubresauts inattendus de l’amour ou de la folie. Installé au pied de l’écran (trop bas pour certains spectateurs) où s’enchaînent les séquences, le groupe ouvre ce bien étrange bal ciné musical par la légèreté d’un vibraphone qui glisse sur les visages juvéniles de Nénette Et Boni (1996), leur toute première bande originale. L’atmosphère se charge d’une mélancolie soyeuse lorsque Stuart souffle dans son mélodica, transformant les trajets monotones d’un conducteur de RER dans 35 Rhums (2008) en purs moments de divagation.
Les notes suspendues qui accompagnent Isabelle Huppert et les enfants soldats de l’extraordinaire White Material (2010), apparaissent comme des remparts intérieurs au chaos qui ravage une Afrique à feu et à sang. Sans oublier les trouées expérimentales qui ornent les images cauchemardesques de L’Intrus (2004), magnifiées par la trompette solennelle de Terry Edwards. Mais l’émotion est à son comble lorsque résonnent les premières mesures feutrées du chef d’œuvre anthropophage Trouble Every Day (2001) : sur une envolée de violons, Stuart illumine de sa voix de crooner sépulcral un long baiser passé en boucle, dont la sensuelle gloutonnerie fascine et dérange. A l’issue de cette performance en état de grâce, une évidence s’impose : la sauvagerie opaque des films de Claire Denis ne pouvait trouver meilleur supplément d’âme que dans la musique « soul » des Tindersticks.
Pour leur escale parisienne, après être passés par la Turquie et Londres, les Tindersticks investissaient l’église Saint-Eustache afin d'y célébrer les noces sacrilèges de leur musique en apesanteur et du cinéma sensoriel et charnu de l’immense Claire Denis. Depuis maintenant quinze ans d’une collaboration fructueuse, chaque film est l’occasion pour la formation de Stuart A. Staples d’apporter un contrepoint aux histoires elliptiques et romantiques, politiques et psychanalytiques, d’une cinéaste dont l’œuvre ausculte les liens amoureux ou territoriaux qui unissent des personnages au bord de la rupture. C’est dans la linéarité du quotidien qu’explosent les soubresauts inattendus de l’amour ou de la folie. Installé au pied de l’écran (trop bas pour certains spectateurs) où s’enchaînent les séquences, le groupe ouvre ce bien étrange bal ciné musical par la légèreté d’un vibraphone qui glisse sur les visages juvéniles de Nénette Et Boni (1996), leur toute première bande originale. L’atmosphère se charge d’une mélancolie soyeuse lorsque Stuart souffle dans son mélodica, transformant les trajets monotones d’un conducteur de RER dans 35 Rhums (2008) en purs moments de divagation.
Les notes suspendues qui accompagnent Isabelle Huppert et les enfants soldats de l’extraordinaire White Material (2010), apparaissent comme des remparts intérieurs au chaos qui ravage une Afrique à feu et à sang. Sans oublier les trouées expérimentales qui ornent les images cauchemardesques de L’Intrus (2004), magnifiées par la trompette solennelle de Terry Edwards. Mais l’émotion est à son comble lorsque résonnent les premières mesures feutrées du chef d’œuvre anthropophage Trouble Every Day (2001) : sur une envolée de violons, Stuart illumine de sa voix de crooner sépulcral un long baiser passé en boucle, dont la sensuelle gloutonnerie fascine et dérange. A l’issue de cette performance en état de grâce, une évidence s’impose : la sauvagerie opaque des films de Claire Denis ne pouvait trouver meilleur supplément d’âme que dans la musique « soul » des Tindersticks.





