Il a suffisamment été dit ou plutôt écrit au sujet de la musique de Tindersticks et Piano Magic qu'elle possédait une dimension cinématographique certaine pour que l'on s'étonne aujourd'hui que ces deux groupes signent des bandes originales de films. Et c'est d'autant moins surprenant dans le cas des premiers nommés qu'ils retrouvent quatre ans après une première collaboration pour Nénette Et Boni la réalisatrice Claire Denis. Mais, cette fois, le groupe en fait ici réduit aux seuls Staples, Boulter et Hinchcliffe a décidé de faire les choses à l'ancienne. Loin de la succession un rien chaotique d'instrumentaux lors de sa précédente tentative, Trouble Every Day est donc essentiellement une variation sur un même thème, qui souligne toujours à bon escient l'intensité des images qu'il est censé illustrer. Proche d'une aura dramatique à la Bernard Hermann, Tindersticks utilise des cordes majestueuses et signe une BO bouleversante, même si elle s'avère bien plus pertinente lorsqu'écoutée, quasi religieusement, en regardant le film. Seuls Opening Title et le morceau-titre sont interprétés par un Staples plus troublant que jamais, ce qui fait de ces chansons deux des meilleures jamais écrites par le sextet britannique. Pour leur coup d'essai, Glen Johnson et Piano Magic ont, eux, opté pour la carte du tout-instrumental. Si la rencontre entre la formation londonienne et le controversé Bigas Luna a de quoi surprendre la présence d'un batteur espagnol ne saurait tout expliquer... , le groupe ne semble pas avoir fait la moindre concession. Car, au final, ce Son De Mar qui scelle son union récente avec le label 4AD ne dépareille pas du tout dans sa discographie : mêmes montées hypnotiques, même violon angoissant, même approche électro-organique, mêmes ambiances oniriques. Une musique qui intrigue suffisamment pour que l'on ait envie d'en savoir plus sur le long métrage en question. Ce qui n'est pas la plus mince des réussites.