Les disques des Tindersticks se suivent et se ressemblent. Chaque nouvel album est toujours un non-événement, une non-surprise, confortant tranquillement nos belles certitudes. C'est que les Tindersticks maîtrisent parfaitement l'art du papier-calque : leur discographie ne forme à ce jour qu'un seul et même décalcomanie. Somptueux. Démentant avec force l'adagequ'on avance qu'en changeant, le groupe de Stuart Staples n'a pas son pareil pour creuser inlassablement le même sillon. Etc'est tant mieux. Car la musique des Tindersticks - au scénario écrit d'avance, au casting toujours identique et à la mise en scène soigneusement balisée - possède un formidable pouvoir d'évocation. Celui du caractère brumeux des soirées imbibées,dont Stuart Staples est si coutumier. D'ailleurs, s'il fallait baptiser l'oeuvre du groupe, nul doute que son titre idéal se trouverait au fronton du premier album de Jay-Jay Johansson, Whiskey. Dont les effluves capiteux nourrissent idéalement les tourments éthyliques des Tindersticks. Enivré, l'auditeur n'a jamais aussi bien supporté la gueule de bois.