On a beau s'enthousiasmer, engager des légions de superlatifs dans la bataille et collectionner du vinyle à tout-va, une évidence s'impose à nos oreilles (sur)exposées : les vrais grands groupes ne courent pas les rues. Mieux, on dit même qu'ils se compteraient sur les doigts des deux mains ! On ne manquera donc pas, dans pareil cas, de réserver notre pouce le plus approbateur aux Tindersticks, groupe de tous les possibles, digne rejeton de Scott Walker et vague cousin des Bad Seeds, le patron amolli en moins. Exactement le genre dont on achète les disques les yeux fermés et le coeur légèrement haletant, certain d'y trouver sa juste dose de merveilles pop feutrées. Conviés, sur Dying Slowly, au grand jeu de la séduction selon Stuart Staples, pianos, violoncelles et violons préfacent un album hautement sentimental, torride jusque dans ses moindres interstices. On songe immédiatement à l'expression populaire "comme sur du velours", persuadé qu'elle ne fut écrite que pour décrire la musique des Tindersticks. Alors que People Keep Comin' Around et son midtempo ravageur certainement l'une de leurs meilleures chansons à ce jour prépare nos coeurs, cuivres et cordes enlacés, à une cérémonie amoureuse inconnue, Tricklin', petite prière interprétée quasi a cappella, rappelle la spiritualité de la chose. La production de Ian Caple, ample et raffinée, devrait faire école de bon goût pour tous les apprentis chanteurs dits "de charme" de la planète. La vie sensuelle de ces chansons (Can Our Love...) évoque finalement plus celle de feu Marvin Gaye que tout autre contemporain, Leonard Cohen excepté. C'est d'ailleurs la même faconde qui anime les vers du crooner Stuart Staples et ceux de l'auteur de I'm Your Man, et probablement une des raisons pour lesquelles Claire Denis, au passage la plus passionnante de nos cinéastes, s'attacha les services du combo anglais pour mettre en musique son attachant Nénette Et Boni (initiales noir et blanc ?) et l'imminent Trouble Everyday. Can Our Love..., grand cru s'il en est, se dégustera donc avec délectation et sans modération aucune, ses effets secondaires ayant le goût des plus belles histoires. D'amour, il va sans dire...