Plus d’un an après sa sortie
outre-Atlantique, la publication du troisième album de Timber Timbre entérine
la renommée grandissante d’un groupe affranchi et discret, posté aux confins du
folk et du rock’n’roll le plus fantomatique. Tassé sur la banquette arrière
d’un break, l’auteur-compositeur canadien Taylor Kirk dissipe un peu du mystère,
le temps d’une course en taxi. [Article Vincent Théval].
Les voies du succès et de la promotion sont impénétrables. Sans que personne y comprenne grand-chose, sans hype virale ni blog influent, un petit trio canadien affole les cardiogrammes et se retrouve par une belle journée d’été indien à sillonner Paris en tout sens pour parler d’un album vieux de dix-huit mois, au beau milieu d’un périple européen parfaitement infernal. Torpillé par des embouteillages pachydermiques, le planning de la journée menace de glisser doucement vers le chaos, et c’est donc dans le taxi qui emmène Timber Timbre en territoire crypté, à la Plaine Saint-Denis, que nous papotons avec l’auteur de l’un des plus beaux disques a avoir hanté nos platines depuis longtemps. Timber Timbre est l’œuvre du seul Taylor Kirk (au milieu sur la banquette arrière, sans ceinture) qui s’appuie désormais sur les délicieux et francophones Simon Trottier (à l’avant) et Mika Posen (arrière gauche). Effet boîte à sardines oblige, c’est Taylor qui répond à nos questions, affable garçon aux faux airs de Moby (crâne dégarni, lunettes à grosses montures noires), pas encore tout à fait sûr de ce qui arrive à ses chansons : “Nous jouons les dix mêmes morceaux depuis un an, encore et encore, et c’est étrange d’avoir à en parler comme si elles étaient nouvelles et excitantes pour nous, même si elles le sont pour ce public”. Il y a effectivement quelque chose de neuf et sauvage dans le troisième album du canadien, étiqueté folk sur la foi d’une instrumentation essentiellement acoustique, mais brûlant d’un feu glaçant qui relève davantage du rock’n’roll fantomatique et des incantations de Suicide que du feu de camp scout. Dulcimer, orgue, rythmique métronomique ou guitare gominée soulignent la noirceur de chansons au regard vide, de la valse boiteuse Lay Dawn In The Tall Grass au vieux rockabilly décharné Until The Night Is Over en passant par l’incroyable Magic Arrow, tout en stupeur et tremblements.
Il y a comme un soulagement et une gratitude dans la voix de Taylor Kirk quand on mentionne Suicide ou Young Marble Giants : “Pour moi, ces comparaisons sont les plus pertinentes qui soient. C’est une musique qui pourrait surgir de n’importe quelle époque et c’est ce que je veux faire. Pas appartenir à une scène ou une vague folk. Tous mes artistes préférés ont ça en commun, ce côté intemporel, difficile à dater. C’est une question qu’il faut avoir en tête, notamment pour trouver des concerts. À qui est-on censé s’adresser ? Les gens disent folk et ont fini par tourner avec des groupes de country rock. C’est marrant mais ça n’a pas toujours de sens. Parfois, quand on ouvre pour certains groupes, leur public nous regarde comme des bêtes curieuses en se demandant bien ce qu’on est en train de faire”. Pour autant, le Canadien admet volontiers que la découverte relativement récente du folk le plus traditionnel a eu un impact profond et décisif sur lui et est à l’origine de ses premiers enregistrements : “Quelqu’un m’a offert l’anthologie folk de Smithsonian et, alors que ce genre de musique ne m’avait jamais vraiment intéressé, ça a d’un coup pris tout son sens pour moi. C’était très excitant. Il y a une pureté et une honnêteté incroyables. J’avais toujours résisté aux conventions, aux progressions ou aux changements d’accords trop évidents et j’ai instantanément changé d’approche. Le résultat, c’est Cedar Shakes (ndlr : publié en 2006), la première collection de chansons que j’ai enregistrée avec un quatre piste et une poignée de vieux outils et instruments divers, des vieux microphones. J’ai enregistré tout ça dans une cabane en bois, dans la forêt, sur un terrain où je travaillais pour des amis. J’y consacrais mon temps libre. J’ai réalisé Medicinals deux ans plus tard, selon une méthode similaire, à la maison. Ce qui m’intéressait, c’était de produire des enregistrements intemporels, comme quelque chose qui aurait toujours été là”.
Timber Timbre 'Demon Host'
Les voies du succès et de la promotion sont impénétrables. Sans que personne y comprenne grand-chose, sans hype virale ni blog influent, un petit trio canadien affole les cardiogrammes et se retrouve par une belle journée d’été indien à sillonner Paris en tout sens pour parler d’un album vieux de dix-huit mois, au beau milieu d’un périple européen parfaitement infernal. Torpillé par des embouteillages pachydermiques, le planning de la journée menace de glisser doucement vers le chaos, et c’est donc dans le taxi qui emmène Timber Timbre en territoire crypté, à la Plaine Saint-Denis, que nous papotons avec l’auteur de l’un des plus beaux disques a avoir hanté nos platines depuis longtemps. Timber Timbre est l’œuvre du seul Taylor Kirk (au milieu sur la banquette arrière, sans ceinture) qui s’appuie désormais sur les délicieux et francophones Simon Trottier (à l’avant) et Mika Posen (arrière gauche). Effet boîte à sardines oblige, c’est Taylor qui répond à nos questions, affable garçon aux faux airs de Moby (crâne dégarni, lunettes à grosses montures noires), pas encore tout à fait sûr de ce qui arrive à ses chansons : “Nous jouons les dix mêmes morceaux depuis un an, encore et encore, et c’est étrange d’avoir à en parler comme si elles étaient nouvelles et excitantes pour nous, même si elles le sont pour ce public”. Il y a effectivement quelque chose de neuf et sauvage dans le troisième album du canadien, étiqueté folk sur la foi d’une instrumentation essentiellement acoustique, mais brûlant d’un feu glaçant qui relève davantage du rock’n’roll fantomatique et des incantations de Suicide que du feu de camp scout. Dulcimer, orgue, rythmique métronomique ou guitare gominée soulignent la noirceur de chansons au regard vide, de la valse boiteuse Lay Dawn In The Tall Grass au vieux rockabilly décharné Until The Night Is Over en passant par l’incroyable Magic Arrow, tout en stupeur et tremblements.
Il y a comme un soulagement et une gratitude dans la voix de Taylor Kirk quand on mentionne Suicide ou Young Marble Giants : “Pour moi, ces comparaisons sont les plus pertinentes qui soient. C’est une musique qui pourrait surgir de n’importe quelle époque et c’est ce que je veux faire. Pas appartenir à une scène ou une vague folk. Tous mes artistes préférés ont ça en commun, ce côté intemporel, difficile à dater. C’est une question qu’il faut avoir en tête, notamment pour trouver des concerts. À qui est-on censé s’adresser ? Les gens disent folk et ont fini par tourner avec des groupes de country rock. C’est marrant mais ça n’a pas toujours de sens. Parfois, quand on ouvre pour certains groupes, leur public nous regarde comme des bêtes curieuses en se demandant bien ce qu’on est en train de faire”. Pour autant, le Canadien admet volontiers que la découverte relativement récente du folk le plus traditionnel a eu un impact profond et décisif sur lui et est à l’origine de ses premiers enregistrements : “Quelqu’un m’a offert l’anthologie folk de Smithsonian et, alors que ce genre de musique ne m’avait jamais vraiment intéressé, ça a d’un coup pris tout son sens pour moi. C’était très excitant. Il y a une pureté et une honnêteté incroyables. J’avais toujours résisté aux conventions, aux progressions ou aux changements d’accords trop évidents et j’ai instantanément changé d’approche. Le résultat, c’est Cedar Shakes (ndlr : publié en 2006), la première collection de chansons que j’ai enregistrée avec un quatre piste et une poignée de vieux outils et instruments divers, des vieux microphones. J’ai enregistré tout ça dans une cabane en bois, dans la forêt, sur un terrain où je travaillais pour des amis. J’y consacrais mon temps libre. J’ai réalisé Medicinals deux ans plus tard, selon une méthode similaire, à la maison. Ce qui m’intéressait, c’était de produire des enregistrements intemporels, comme quelque chose qui aurait toujours été là”.
Timber Timbre 'Demon Host'