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Creep On, Creepin' On de Timber Timbre

chronique d'album
Recroquevillé sur sa Telecaster, l’homme dans la pénombre joue un blues électrique industriel, lent et minimal, une grosse caisse à ses pieds pour battre la mesure. À ses côtés, un peu dans la Lune, une violoniste et un joueur de lap steel économe l’accompagnent, tandis que la voix paisible du guitariste se dégage de l’ensemble. Les trois semblent tout ignorer de leur époque et du monde qui les entoure, avec leurs rythmiques marquées comme Elvis Presley et Roy Orbison les affectionnaient. Les chansons s’enchaînent ici sans le moindre dérapage. Le tout fait sérieux, le tout fait plaisir. Découvrir un groupe de la trempe de Timber Timbre en 2011, c’est un peu comme revenir d’un vide grenier avec un orgue Crumar Organizer sous le bras : le genre de petit miracle qui vous sauve une semaine. Sans fanfaronner, le Canadien autarcique Taylor Kirk captive.


Creep On, Creepin' On


Bad Ritual

Disque à conseiller à ceux qui considèrent que Johnny Cash aurait pu achever sa carrière plus brillamment qu’en adaptant Depeche Mode, Nine Inch Nails ou U2, Creep On, Creepin’ On est, à l’instar de son prédécesseur éponyme de 2009, un excellent cru. Tel un disque d’Alan Vega joué au ralenti, il se dégage de ce quatrième opus une langueur infinie : emmenée par un piano en mode mineur, cette Woman charnelle n’a décidément pas fini de tourner les têtes. Plus loin, Too Old To Die Young et Lonesome Hunter se fichent des manuels d’histoire et remettent au goût du jour ballade midtempo et slow attrape cœur. De Souvenirs propres à attirer l’attention de David Lynch avec ses longues plages atmosphériques – Taylor Kirk a étudié le cinéma à Toronto – en Obelisk inquiet, Timber Timbre propose une musique climatique, fort suggestive. Et si la chanson éponyme, qui commence alanguie sur une plage d’Hawaï pour se conclure dans la chaleur étouffante de la Nouvelle-Orléans, tourne vite à l’obsession, ceux qui passeront par là ne pourront que se féliciter d’avoir plongé dans cette faille musico-temporelle !


Renaud Paulik
MAGIC RPM  #151


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