Prévenons d'emblée les fans de Sonic Youth affolés par la vue d'un nouvel album de Thurston Moore, ce Lost To The City est en fait une longue improvisation de cinquante-cinq minutes (suivie de Noise To Nowhere, sept minutes) enregistrée live à Zürich, où la Jazzmaster du bruyant blondinet se frotte à DEUX batteurs, William Winant et Tom Surgal. Donc pas un disque de chansons. C'est-à-dire et pour être bien clair, un album pour amateurs de Derek Bailey, Eugene Chadbourne ou Pharoah Sanders. On connaissait les tendances de Moore, grand consommateur de free jazz, à réinventer son approche de l'instrument, passant simultanément de l'état d'électricien à celui de (sonic) sculpteur. Ainsi, et comme pour signifier la cohérencedu bonhomme dans ses choix, cet album est dédié à l'oeuvre du designer italien Aldo Rossi. Ici, l'intérêt de Moore pour les Masters Musicians Of Jajouka du Rif marocain se dévoile au grand jour, sa guitare (transfigurée ça et là en flûte) allant et venant sur le tapis rythmique que déroulent pour elle les deux percussionnistes. Enfin, le livret contient une passionnante interview d'une dizaine de pages où le gars Thurston expose quelques-unes de ses vues musicales. Bref, un excellent moyen d'explorer la face cachée du cerveau de Sonic Youth.