Difficile de se convaincre que Thomas Dybdahl n'est pas le nom d'un collectif norvégien, où chaque participant viendrait les bras chargés d'influences, d'idées, d'ambitions esthétiques démesurées, où chacun donnerait de la voix à tour de rôle. Ce serait une explication rassurante et rationnelle à l'éclatant éclectisme qui règne ici et plus encore à ce chant qui emprunte tout à tour les poses languides de la soul, les chemins lumineux de la pop ou s'abîme dans les tourments du folk. Difficile d'imaginer que ces voix appartiennent à un même homme. Et pourtant, Thomas Dybdahl existe. À vingt-sept ans, il s'impose même définitivement comme l'un des auteurs compositeurs les plus doués du Vieux Continent. Science, son quatrième album, largue les amarres pour voguer seul dans des eaux d'une pureté incomparable, rarement explorées. Ce qui séduit le plus ici, c'est cette liberté formelle inouïe qui conduit Dybdahl à effleurer le jazz, la soul, au gré d'arrangements sophistiqués magnifiques (piano, harmonium et rythmiques caressantes sur You), tout en préservant amoureusement les traces de racines folk qui affleurent çà et là (guitare slide, harmonica). Still My Body Aches fait tourner la fabrique à frissons, quant aux notes éparses d'un piano rêveur succèdent une envolée de cordes somptueuse, qui soutient le chant essoufflé du norvégien. How It Feels est un moment magique digne des envolées du grand Andrew Bird, étourdissante tornade de cordes, d'arpèges de guitares acoustique et de glockenspiel. Sur le terrain d'une soul romantique très orchestrée, No One Would Ever Know tutoie les Tindersticks. Le limpide single B A Part ou Maury The Pawn sont de belles envolées pop avec de vrais copeaux d'Amérique dedans. Toutes ces mélodies en or renseignent vite sur la science dont elles sont issues et qui donne son nom au disque : c'est bien la science des rêves.