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C'est sur la foi d'un grand single que Thieves Like Us fit parler de lui, en 2007. Un nom pareil, chipé au plusdéstabilisant morceau de New Order, conjugué à une pochette dont le minimalisme glauque rappelait les photographies de Juergen Teller ou les maxis d’Arab Strap, ne pouvait qu’attirer l’attention. Le titre lancinant Drugs In My Body, couplé à une face B rythmée Fass, sonnaient d’ailleurs comme du New Order orchestré par Alan Braxe. Le trio à l’origine de cette réussite semblait mener une vie de bohème éthylique et droguée, quelque part entre Berlin, Londres, New York et Paris.

Leur obsession pour la french touch s’incarnait dans ce désir de collaborer avec Alan Braxe, un temps envisagé pour produire ce premier album. Mais loin de se limiter à la house filtrée de Daft Punk et consorts, leur univers plus riche est surtout plus sombre, car leur quotidien semble moins coloré que celui des électroniciens petits bourgeois. Ces clochard célestes ont la classe de ceux qui n’ont rien et l’élégance du désespoir. La musique que joue Thieves Like Us, c’est Donna Summer qui se serait pris les pieds dans le tapis, comme en témoigne parfaitement la pochette de fin de soirée casse-gueule.

Nostalgiques, Ponthus Berghe, Björn Berglund et Andy Grier revisitent les frontières d’une Europe musicale construite au son de la trilogie berlinoise de Bowie, des partitions effrayantes de Fabio Frizzi pour les films de Lucio Fulci, et des balbutiements électroniques de la bande de Factory Records, Section 25 et New Order en tête bien entendu. Si la novö pop de Play Music file le bourdon, elle se réchauffe parfois, comme sur le délicat Your Heart Feels, ou le funky Miss You sur lequel Andy rappe presque, tandis que Ponthus a des engelures à force de taper sur sa batterie électronique.

Cette bande-son désinvolte pour descente de matins gris évoquera d’autres fantômes Suicide-és, ceux du Bashung cold-wave de Play Blessures (1982) ou de Novice (1989). Sur la première version du disque dévoilée un an plus tôt sur la toile, Play Music For You, l’un des titres non retenus s’intitulait avec pertinence Icy Music. Musique glacée et glaçante aux résonnances intimes qui prouve que l’hiver sera inéluctablement cold.
Alexandre Cognard
MAGIC RPM  #126


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