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Wagonwheel Blues

archive mag juillet 2008
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À Philadelphie, un combo de cinq jeunes gens affûte ses armes depuis quelques mois et lance, en ce début d’été 2008, une offensive dont on peut déjà parier qu’elle marquera l’année. Wagonwheel Blues est leur premier album et dévoile une puissance de frappe et une singularité hors norme. The War On Drugs n’a rien de plus sous la main que la moyenne de ses contemporains (guitares, basse, batterie) et probablement les mêmes albums stockés sur disque dur (on parie sur Sonic Youth, The Feelies et Guided By Voices). Pourtant, il se dégage de ces chansons une énergie incendiaire, une intensité peu commune. D’emblée, le groupe balance deux de ses plus belles cartouches. Arms Like Boulders emmêle les motifs de guitares électriques autour d’une mélodie épique. Grande claque du disque, Taking The Farm étire une ligne de synthétiseur déchirante sur une rythmique syncopée. Adam Granduciel chante comme si sa vie en dépendait, hulule des borborygmes en guise de refrain. Sa voix étranglée tremble. Des flashs venus du tréfonds des années 80 nous parviennent à une vitesse inquiétante. Et les guitares s’évanouissent. Fin de la transe. Histoire de reprendre ses esprits, un instrumental vaporeux fait tampon. Puis Buenos Aires Beach, formidable folk ébouriffé, dépassé par ses guitares. Retour du synthétiseur, qui donne à There Is No Urgency son petit côté glacial : six minutes de blizzard à peine atténué par quelques cuivres. Et nouveau morceau de bravoure : A Needle In Your Eyes #16, orgue sépulcral chouré à Arcade Fire, rythmique métronomique et guitares grésillantes pour un faux crescendo affolant. Trois nouvelles minutes atmosphériques pour s’oxygéner avant un long périple à couper le souffle, où la voix a du mal à lutter contre le mur du son (Show Me The Coast). Une petite sucrerie lo-fi pour terminer sur du doux et Wagonwheel Blues a grosso modo terrassé l’adversaire. Enfin, ça vous a peut-être échappé, mais le chanteur et unique compositeur du groupe s’appelle quand même Adam Granduciel : un incroyable patronyme aux résonances chamaniques, signe de mystérieux pouvoirs sur les éléments que laissent augurer ses chansons bourrasques.

Vincent Théval

magazine num 122 article extrait de :
MAGIC RPM #122


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