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Sea Lion

archive mag avril 2008
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Quoi de plus salutaire humainement que l’exil volontaire ? À part l’amour, on voit pas. Maintenant, quoi de plus enrichissant musicalement qu’un périple aux confins d’une culture nouvelle ? À part la drogue, on voit pas. Et pourtant, ils sont si peu, les artistes actuels qui se risquent à défricher les lointaines abondances. Au hasard, Damon Albarn en a fait son sincère fonds de commerce, Zach Condon s’y emploie par atavisme et The Ex s’y est vautré avec joie aux côtés du saxophoniste éthiopien Getatchew Mekuria… Quant à Ryan McPhun, il est l’incarnation viscérale de cette compassion musicale et géographique. Originaire de Californie, expatrié en Nouvelle-Zélande et amoureux de l’Afrique, le leader des Ruby Suns délivre ainsi avec ce deuxième album une odyssée musicale grisante et bariolée qui métamorphose la pop en routard des grands espaces. Des épisodes africains narrés sur les mélodies Ole Rinka ou It’s Mwangi In Front Of Me (des couplets endormis sur un lit d’or et un refrain comme une illumination) aux effluves polynésiens charriés par le chant choral et les rythmes en sarabande de Tane Mahuta , en passant par l’hispanisant Oh, Mojave qui réduit Devendra Banhart à l’état de poussière insignifiante. Moins baroudeurs mais tout aussi “cimiesques”, There Are Birds dépose un baiser sur le front d’Olivia Tremor Control avant que Remember ne fasse l’amour à toute l’écurie Elephant 6, fieffée marraine du psychédélisme pop à l’œuvre ici. Comme si Panda Bear (pour la production sauvage) avait produit les Shins (pour les compositions fulgurantes), This Adventure Tour ou Kenya Dig It? impressionnent encore, avant que Morning Sun n'agence le choc des générations. D’abord une incantation sensuelle et hypnotique, puis des synthés qui déboulent à toutes blindes après avoir pris leur élan au milieu des années 80 : Animal Collective versus New Order. Orchestration inventive, couches de sons enjôleurs, piano, xylophones en béatitude, ukulélés joués avec la conviction d’un fou de joie, falsetto qui cajole l’âme et chœurs qui l’enivrent… les dix vignettes de Sea Lion exhalent une désarmante puissance d’évanescence qui les autorise à babiller de contrée en contrée sans jamais sombrer dans un exotisme complaisant. Comme si, après s’être agenouillés devant Brian Wilson sur leur premier album, les Ruby Suns avaient décidé de le prendre par la main et de l’emmener à la découverte de l’autre et du monde pour le délivrer de ses angoisses.

AnnA Lester

magazine num 119 article extrait de :
MAGIC RPM #119


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