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Bon, ce n’est pas comme si on n’avait jamais entendu une seule note de synthétiseur, une seule entourloupe rythmique sur les deux premiers albums des Ruby Suns, déclinaisons ensoleillées de pop mi-californienne, mi-tropicale. Toutefois, les oreilles non préparées risquent de baisser pavillon à l’écoute de Fight Softly, qui mouline menu le souvenir d’une sunshine pop dessinée à la main. Ryan McPhun expliquait à la sortie de Sea Lion (2008), que l’album devait beaucoup à ses voyages en Australie, en Thaïlande et au Kenya. Un périple qui avait libéré des tas d’idées, bravement consignées sur un dictaphone puis traduites sur disque. On est assez curieux de savoir où est parti l’ami Ryan cette fois-ci, quel no man’s land légèrement anxiogène a pu inspirer ce Fight Softly tout azimuté.

En vrai, la réponse saute aux oreilles : McPhun a passé ses dernières vacances dans le Merriweather Post Pavillion (2009) d’Animal Collective et il en a ramené plein de souvenirs, très précis, très vivaces. Non seulement, le Néo-Zélandais a plongé ses chansons dans le même bain acide où flottent rythmes concassés, voix sadisées et instruments sous assistance informatique, mais il a aussi passé son écriture au panier à salade. Hypnose régressive, transe explosive, mélodies et chansons démantibulées. Mais mélodies quand même. À vrai dire, les trois premiers morceaux font leur boulot de trois premiers morceaux : une bonne immersion en territoire inconnu, un défrichage de terrain pour y voir plus clair. Mais c’est la quatrième plage qui autorise le débarquement.

À la cent onzième seconde de Cranberry, l’album s’envole d’un coup à une altitude stratosphérique : un riff de synthétiseur et une mélodie irrésistibles pilonnent les défenses anti pop aérienne. Essayez de ne pas bouger les hanches. Après cela, Fight Softly a un boulevard et une poignée de feux clignotants : le ressac vaporeux de Closet Astrologer, baigné dans une tristesse scintillante ; la pop en plastique de Haunted House qui fait un sort aux années 80 ; Two Humans qui marie percussions et nappes synthétiques pour un crescendo assez émouvant. Enfin, il y a le sommet de ces montagnes russes computeurisées : porté par le chant bouleversant d’un Ryan McPhun qui semble lutter contre les éléments, How Kids Fall se souvient des Beach Boys et confronte sa nostalgie à la violence de l’époque. Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #140


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