Les icônes spectoriennes ramenées rituellement à la
vie tous les deux ans par le duo danois sont à l'agonie. Elles qui réchauffaient
leur rock’n’roll des catacombes sont même les victimes d'une éclipse totale sur
ce cinquième album. Successeur de l'excellent In And Out Of Control (2009),
Raven In The Grave opère un
retournement de situation qui donne à leur flirt avec la mort bien plus
d'ampleur. Les invitées ne sont plus Ronnie Spector ni Moe Tucker, qui avaient
littéralement participé à Pretty In Black (2005), mais l'esthétique
gothique et la new-wave venues légitimer leur khôl indélébile. Sur Recharge
& Revolt, les
Raveonettes pillent donc non sans Ceremony les claviers enveloppants de
New Order. Ce titre est toutefois l'un des rares à avoir conservé une évidence
pop. La bassiste glaciale Sharin Foo enchaîne en invitant la guerre au paradis
sur War In Heaven. Le tandem s'attaque toujours à la noisy pop des 80’s
en ouvrant par intermittence la douche écossaise des frères Reid et en
vampirisant à l'unisson l'innocence perdue de The Field Mice (Ignite, Forget That You're Young). The Raveonettes devient encore
plus charnel et étouffant sur Evil Seeds, rythme démoniaque et paroles dark écrasés sous la basse robuste
de Sharin Foo. Dans les moments plus calmes, on est aussi fasciné qu'oppressé
par ces montagnes de distorsion et des chœurs sibyllins qui pourraient
ressusciter Lush. Si Raven In The Grave
obscurcit soudainement le printemps, on se promène dans ce cimetière aussi
chargé d'électricité et de sensualité que de tristesse.