À trop tôt délimiter son pré carré, on court le risque de ne pouvoir en sortir. Déboulés en 2003 avec une esthétique prête à l’emploi, nourrie de rock’n’roll et de cinéma, Sune Rose Wagner et Sharin Foo le mesurent aujourd’hui sans doute plus que quiconque. Les Danois n’ont renoncé ni à leurs rêves d’Amérique empruntés aux séries B, ni à la mythologie glamour de vies vouées aux romances belles et tragiques. The Raveonettes tourne un peu en rond, pas tant comme un groupe qui se répète et s’use que comme des fauves en cage, avec une énergie désespérée et une grâce inattendue. Lesté de quelques morceaux ternes, Lust Lust Lust est certainement leur album le plus inégal, mais il dégage un magnétisme inouï, qui scotche aux baffles à plusieurs reprises. Toujours obsédé par le mur du son, le duo noircit le trait et lorgne du côté de la vague froide qui glaçât l’Angleterre à la fin des années 70. De la surf music sans fun, sans soleil, sans plage. Que du béton à l’horizon. Énorme claque, Hallucination laisse les guitares bourdonner avant d’envoyer la basse puis une puissante batterie métronomique noyée dans un écho brumeux. Sune et Sharin chantent toujours à l’unisson, pâles et sensuels comme des fantômes. Leurs meilleures chansons donnent des envies de virées sauvages et nocturnes : déchirante Dead Sound et ses claviers tintinnabulants ; Blush dessinée au charbon comme aux plus belles heures de la noisy pop ; Blitzed et ses guitares 50’s surannées. Jusque dans ses moments les moins inspirés, Lust Lust Lust maintient fièrement sa ligne esthétique. Le tandem ne renonce jamais à son élégance en noir et blanc, jusqu’à un ultime morceau de toute beauté, The Beat Dies, parfaite incarnation en musique de l’univers de David Lynch, mélancolie poisseuse entre candeur et noirceur.