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In And Out Of Control de The Raveonettes

chronique d'album
À l’instar de Clinic, The Hives, et bien d’autres que vos lumineuses méninges cerneront aisément, les Raveonettes font partie de ces formations munies d’un sens du surplace si méticuleux qu’elles paraissent promises à labourer le même sillon pour l’éternité. Sur l’échelle de ladite éternité, les Danois n’en sont qu’aux balbutiements au moment où paraît leur quatrième effort, mais Sune Rose Wagner et Sharin Foo ont déjà profondément creusé leur trou, et ce n’est pas In And Out Of Control qui les en sortira. Parce qu’avec Bang!, Gone Forever et Last Dance, le couple débride d’entrée trois ruées parfaites qui l’installent à califourchon sur son grand dada : cette pop instantanée ravagée par la sciure sonore ; ce surf rock éclair submergé par les coulées de réverb’ ; ces mélodies hors d’âge, d’une simplicité enfantine mais déjà dévorées par les Reid.

Passée la triplette introductive, Boys Who Rape (Should All Be Destroyed) fait perdurer le rodéo en plaquant son texte texan sur un chabada vocal si candide que l’effet comique surgit avec ironie. Jamais un plaidoyer pour la peine de mort n’aura semblé si agréable à l’oreille, et l’on se prend à espérer que les paroles funestes de ce disque, tellement franches du collier qu’elles en deviennent plus drôles que cinglantes, ne sont en rien autobiographiques. Parce qu’entre le viol, le Suicide, les D.R.U.G.S., les problèmes cardiaques (Heart Of Stone), les soucis mécanico-amoureux (Breaking Into Cars), et les enterrements de première classe (le slow impayable Oh, I Buried You Today), on ne voit pas qui a été plus malheureux que Sune Rose et Sharin ces dernières années, à part peut-être les détenus de la prison irakienne d’Abou Ghraib. Autant de sombres dires musicalisés par des ritournelles qui flambent sous le soleil spectorien, et autant d’oxymores soniques qui font de In And Out Of Control l’album d’une impitoyable addiction, même s’il s’avère bien moins nuancé que le précédent Lust Lust Lust (2007).

Car en dehors du slow précité, de la tonitruante avanie féministe Break Up Girls!, et du final langoureux Wine (élégie larmoyante pour amour estival), ce disque s’incline de A à Z selon le même angle rock’n’roll. Mais après tout, au moment où l’Amérique de Best Coast, Pearl Harbor ou Wavves s’ingénie à faire bouillir la mélodie parfaite dans la marmite noisy, on ne voit pas pourquoi les lointains cousins danois abaisseraient les potards. Comme si, à défaut d’avoir inventé la poudre, ils s’en étaient fourrés assez dans les naseaux pour s’imaginer en cadors éternels de l’électricité statique.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #137


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