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Pieces Of The People We Love de The Rapture

chronique d'album
Si le dancefloor est une poudrière, Pieces Of The People We Love en sera l'étincelle. C'est bien simple, ici, chaque note naît dans l'unique but de faire ondoyer nos corps d'Eden, s'embrase afin d'y faire perler les gouttes fuselées d'une transpiration diluvienne, et s'enraye jusqu'à ce que nous ne soyons plus que moiteur et épuisement. En ouverture au bal des soupirs, Don Gon Do It et le single Get Myself Into It fonctionnent sur la même dynamique : rythmes osseux, basse ronronnante et cowbells enfiévrées bombardent un refrain rassembleur, jouissif et cinglant comme un coup de trique. Le ton est donné. Après un premier long format disparate et bordélique (Echoes, 2003), The Rapture serre le jeu pour trancher dans le vif, élague le groove pour mieux étoffer la mélodie, et se concentre sur un ascétisme hédoniste destiné à nous faire fouler une piste de danse magique qui transformerait, en deux temps trois mouvements (de bassin), n'importe quel freluquet agile comme un piquet en disco-danseur travoltaiste ramassant les gonzesses à la pelle. Pas une seule erreur au cours de ces quarante-quatre minutes.


Le résultat est orgasmique. À l'image du chant de Luke Jenner, tel un Robert Smith transformé en Epi(Cure) : concis mais survolté, efficace et électrisé, robotisé par le tempo sur le "raveur" First Gear (scansion technoïde sous-tendue par une modulation de basse digitale) ou l'endiablé The Devil (des guitares amphétaminées délivrent une enfilade de riffs secs et stridents), dont les halètements cadencés inciteraient la plus frigide des femmes à se fourvoyer dans la luxure. Et tandis que le final surexcité de Wayuh, annoncé par une chorale de groupies en passe d'être souillée, flanque un énorme coup de pied au cul des Talking Heads, le sauvage The Sound nappe Tom Morello (si, si, des feu RATM) de strass et de paillettes, puis le charge de désintégrer à grands coups de déflagrations électriques hurlantes le noctambule déjà titubant. Celui-ci pourra alors se lover dans le cocon lysergique de Live In Sunshine, dénouement psyché-sensuel. Discrètement épaulé à la production par Danger Mouse et Paul Epworth, The Rapture trahit l'importance disproportionnée donnée il y a trois ans au tandem DFA, en nous offrant un disque important à ranger aux côtés du Is This It des Strokes en terme de qualité addictive. Les quatre New-Yorkais réinventent la disco au XXIe siècle, il n'y a plus marqué là post-quoi que ce soit, ni de litanie de références à entamer. En guise de pied de nez aux pisse-froid nostalgiques et autres concurrents avérés, on serait pourtant tenté de conseiller aux membres de Gang Of Four, Wire, PIL, ESG, James Chance & The Contortions, A Certain Ratio, Cure, LCD Soundsystem, Liars, Radio 4, Hot Hot Heat, Rock & Roll et compagnie, de stopper net leurs efforts, si ce n'est déjà fait. The Rapture ira danser sur la tombe de vos défunts talents.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #103


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