Six éditions et voilà le BBMix devenu un festival indispensable
aux lueurs grisâtres de l’automne, réunissant chaque année des artistes aussi
variés qu'originaux sur la scène du Carré Bellefeuille à Boulogne-Billancourt.
Retour sur la soirée de samedi dernier qui voyait, entre autres, The Radio Dept. et les cultes
Raincoats fouler le plancher. [Compte-rendu Emilien Villeroy].
Rendez-vous était pris avec toutes les facettes des années 80 ce soir-là. D'abord, la fibre indie pop avec le trio anglais The Notes, qui recrée la twee vibe à la perfection : bassiste avec pull à rayures trop grand, guitariste aux cheveux courts qui tricote des riffs un peu distordus mais pas trop, boite à rythme rêche, et surtout, chanteuse en courte robe à fleur qui s’arrime à son pied de micro comme à une bouée de sauvetage, les yeux dans le vague, apparemment pétrifiée par le trac, décochant péniblement de timides : "merci, la prochaine chanson s'appelle..." entre les morceaux. Z’ont l'air perdus dans cet espace mille fois plus large que la p’tite chambre où on les imaginer créer. Les titres ne dépassent jamais les deux minutes, ne révolutionnent rien, mais sont parés de cette beauté frêle que The Field Mice ont sublimé comme personne. Sympa, du coup.
Après la pop glucose, Young Michelin. Cinq Français que vous connaissez bien maintenant. Comme un croisement entre l’entrain bleu de Sarah Records, les guitares carillons de The Cure, et les paroles désabusées de Taxi Girl chantées par un Dondolo en sous-pull zébré. Ceux qui goûtent à leur new wave revivifiée succomberont à une performance sans fioritures, énergique et cinglante. Une bonne partie du public, venue pour eux, affichera d'ailleurs une mine joyeuse à l’heure de rallumer les lights.
Puis ce fût aux trop discrets The Radio Dept. d'apparaitre. Propres sur eux et flegmatiques, les Suédois qui figurent parmi les vainqueurs de l’année avec l’étincelant Clinging To A Scheme. Ils offriront un set maitrisé de bout en bout, aidé par un son limpide. Face à un public tout ébahi de pouvoir enfin voir ceux qui ne viennent quasiment jamais dans nos contrées, le trio nimbe la salle d'un cocon musical doux et efficient comme une neige de compèt’. Une petite heure de songe en apesanteur, où les nappes synthétiques et les guitares (bien plus fortes qu'on aurait pu l’imaginer) figurent autant de coussinets et de toboggans soniques où il fait bon se blottir et dériver. Des moments passés à demi-éveillés. S’ils ensorcèlent, The Radio Dept. n’endorment pas pour autant : leur son infiniment clair et soyeux vous convie simplement à fermer les yeux par moment pour mieux s’abandonner, surtout dans une salle qui ne propose que des places assises. Une fois la dernière note jouée, l'impression que tout cela était trop court parcourt les rangs, comme si le public était contraint et forcé de s’extirper d’une rêverie si agréable.
C'est une mauvaise nouvelle qui nous réveille d’un coup, d'ailleurs : s'étant cassée le bras lors des balances, Ana da Silva, guitariste et chanteuse des mythiques The Raincoats, ne pourra pas être présente au concert prévu ce soir. Qu'à cela ne tienne, il en faut plus pour décourager les deux amies et leur batteur : elles feront le concert sans elle, quitte à ce qu'il soit bancal ou un peu vain par moment. Malgré cette absence criante, et une salle à l’assistance désormais clairsemée, le premier concert de The Raincoats en France depuis belle lurette a tenu toutes ses promesses. Les musiciennes n'ont pas changé depuis 1980, déployant la même énergie et le même tact d’amateur assumé. Dès le premier extrait, No Side To Fall In, elles se mettent à gambader et à bondir partout sur l'immense scène, dépeignant une prestation plus qu'enthousiasmante, façon doigt d'honneur potache au temps qui passe. Entre morceaux inédits, extraits de leur étrange album Odyshape, et détonations sonores comme elles seules ont su en produire tout au long de leur carrière, les héroïnes oubliée du post-punk ont livré une sorte de leçon de vie, histoire de prouver que même si on a bientôt la soixantaine, et que le passé glorieux s'éloigne de plus en plus, on peut s’échiner à jouer avec conviction et fraîcheur une musique définitivement singulière. Et rester cool à en crever.
Rendez-vous était pris avec toutes les facettes des années 80 ce soir-là. D'abord, la fibre indie pop avec le trio anglais The Notes, qui recrée la twee vibe à la perfection : bassiste avec pull à rayures trop grand, guitariste aux cheveux courts qui tricote des riffs un peu distordus mais pas trop, boite à rythme rêche, et surtout, chanteuse en courte robe à fleur qui s’arrime à son pied de micro comme à une bouée de sauvetage, les yeux dans le vague, apparemment pétrifiée par le trac, décochant péniblement de timides : "merci, la prochaine chanson s'appelle..." entre les morceaux. Z’ont l'air perdus dans cet espace mille fois plus large que la p’tite chambre où on les imaginer créer. Les titres ne dépassent jamais les deux minutes, ne révolutionnent rien, mais sont parés de cette beauté frêle que The Field Mice ont sublimé comme personne. Sympa, du coup.
Après la pop glucose, Young Michelin. Cinq Français que vous connaissez bien maintenant. Comme un croisement entre l’entrain bleu de Sarah Records, les guitares carillons de The Cure, et les paroles désabusées de Taxi Girl chantées par un Dondolo en sous-pull zébré. Ceux qui goûtent à leur new wave revivifiée succomberont à une performance sans fioritures, énergique et cinglante. Une bonne partie du public, venue pour eux, affichera d'ailleurs une mine joyeuse à l’heure de rallumer les lights.
Puis ce fût aux trop discrets The Radio Dept. d'apparaitre. Propres sur eux et flegmatiques, les Suédois qui figurent parmi les vainqueurs de l’année avec l’étincelant Clinging To A Scheme. Ils offriront un set maitrisé de bout en bout, aidé par un son limpide. Face à un public tout ébahi de pouvoir enfin voir ceux qui ne viennent quasiment jamais dans nos contrées, le trio nimbe la salle d'un cocon musical doux et efficient comme une neige de compèt’. Une petite heure de songe en apesanteur, où les nappes synthétiques et les guitares (bien plus fortes qu'on aurait pu l’imaginer) figurent autant de coussinets et de toboggans soniques où il fait bon se blottir et dériver. Des moments passés à demi-éveillés. S’ils ensorcèlent, The Radio Dept. n’endorment pas pour autant : leur son infiniment clair et soyeux vous convie simplement à fermer les yeux par moment pour mieux s’abandonner, surtout dans une salle qui ne propose que des places assises. Une fois la dernière note jouée, l'impression que tout cela était trop court parcourt les rangs, comme si le public était contraint et forcé de s’extirper d’une rêverie si agréable.
C'est une mauvaise nouvelle qui nous réveille d’un coup, d'ailleurs : s'étant cassée le bras lors des balances, Ana da Silva, guitariste et chanteuse des mythiques The Raincoats, ne pourra pas être présente au concert prévu ce soir. Qu'à cela ne tienne, il en faut plus pour décourager les deux amies et leur batteur : elles feront le concert sans elle, quitte à ce qu'il soit bancal ou un peu vain par moment. Malgré cette absence criante, et une salle à l’assistance désormais clairsemée, le premier concert de The Raincoats en France depuis belle lurette a tenu toutes ses promesses. Les musiciennes n'ont pas changé depuis 1980, déployant la même énergie et le même tact d’amateur assumé. Dès le premier extrait, No Side To Fall In, elles se mettent à gambader et à bondir partout sur l'immense scène, dépeignant une prestation plus qu'enthousiasmante, façon doigt d'honneur potache au temps qui passe. Entre morceaux inédits, extraits de leur étrange album Odyshape, et détonations sonores comme elles seules ont su en produire tout au long de leur carrière, les héroïnes oubliée du post-punk ont livré une sorte de leçon de vie, histoire de prouver que même si on a bientôt la soixantaine, et que le passé glorieux s'éloigne de plus en plus, on peut s’échiner à jouer avec conviction et fraîcheur une musique définitivement singulière. Et rester cool à en crever.