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We Are The Pipettes de The Pipettes

chronique d'album
Plus vitaminé et moins "robe vichy" qu'April March, plus chic et mieux produit que Holly Golightly, plus chou que Le Tigre, The Pipettes délivre une musique vintage qui ne s'adresse pourtant pas exclusivement aux collectionneurs repus et grisonnants des anthologies de la scène britannique et féminine du début des années 1960, Am I Dreaming, Dream Babes et autres Paper House Dolls chez Pye Recordings. À l'heure où d'autres meuglent Fuck Forever, ce trio féminin possède en effet un atout indéniable, appréhendé avec méfiance par chez nous : l'enthousiasme. Et il est sacrément communicatif. Pourquoi n'a-t-on pas le réflexe de ricaner à l'écoute des slogans de leur album inaugural, tels "Clap your hands if you want some more" ? Sans doute grâce à cette impulsion naturelle dans la réappropriation des harmonies propres aux légendaires Everly Brothers, passées à la moulinette garage rock/riot grrrls. Pour une fois, cette absence d'inhibition ne sous-tend aucune attitude crétine, mais une immédiateté stylée et jubilatoire. Convaincues et convaincantes, Becki, Rose et Gwenno réussissent là où The Greenhornes et The Raconteurs ont échoué : leur revival n'est jamais plaqué, mais transcendé par l'éradication de tout réflexe taxidermiste. Alors oui, dès qu'on entend "We are The Pipettes, we haven't finished with you yet", on se dit que ces héritières nous ont convaincu de leur capacité à se réapproprier une formule usée jusqu'à la corde. Bien qu'elles nous préviennent à mi-parcours : "He's got a dirty mind, don't know what you're gonna find" (parlent-elles seulement de leur nouveau boyfriend ?), la sainte trinité des pois, du serre-tête et des lunettes d'institutrice rosse est célébrée avec une dynamique telle qu'elle désarme les a priori les plus tenaces. On accorde alors au groupe cette gageure refusée à tant d'autres : la réactivation pétaradante d'une Angleterre fantasmée sur les pochettes en sépia des Smiths et reconstituée grâce aux pièces de la dramaturge Shelagh Delaney assorties des photos d'une Julie Christie débutante.
JULIEN WELTER
MAGIC RPM  #102


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