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Redire, insister, marteler et affirmer l’importance fondamentale des Pastels nécessiterait un plein volume, mais ce n’est pas aujourd’hui chose évidente. Car nos amis de Glasgow se sont faits plutôt discrets depuis Illumination (1997). C’est peu dire du choc émotionnel subi quand on entend, pour la première fois depuis trop longtemps, le chant gauche et si familier de Stephen McRobbie au détour de Song For A Friend, d’une tendresse et d’une empathie peu communes, conclu par un solo de guitare aussi chancelant que fascinant d’intensité.

Il faut dire que The Last Great Wilderness (2003), bande originale d’un film signé David Mackenzie, était purement instrumental, mais le groupe a conservé cette manière, désormais toute aussi discrète que sa discographie récente, de composer des chansons comme un enfant agencerait un herbier. Ici, il s’est adjoint les services des Japonais de Tenniscoats, ajoutant au plaisir des retrouvailles le charme de l’exotisme. C’est pourtant l’enchevêtrement aussi grandiose que troublant de la voix douce de Katrina Mitchell et de la mélodie sur trois notes de Vivid Youth, simple tuerie printanière sur laquelle Stereolab pourra méditer longtemps, qui remporte l’adhésion. Même schéma sur Boats, réinventant une post-pop de haute volée, lacustre et intime. Puis, tour de force s’il en est, on transforme ici About You, la grande chanson sensible de The Jesus And Mary Chain en une calme tornade de tendresse, nous laissant le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux.

D’un frémissement mélodique, The Pastels (et leurs amis nippons charmants mais parfois franchement accessoires) arrivent désormais à faire à nouveau sens, loin de la pop bruyante et foudroyante des débuts. Résultat : cet amas de possibilités parvient à provoquer les mêmes émotions, d’une joie enfantine contrariée à une tendresse palpable. Nocturnes, aériens et attachants, les plaisirs de Two Sunsets ne sont pas pour autant immédiats, mais demandent une grande capacité d’attention, d’observation des détails et une faculté d’abandon et d’émerveillement, qualités devenues aussi rares que précieuses. Comme The Pastels eux-mêmes, groupe important dont la modestie n’a d’égal que le génie.
Etienne Greib
MAGIC RPM  #135


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