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Truckload Of Trouble de The Pastels

chronique d'album
Lorsque sort finalement Truckload Of Trouble en 1994, les fans des Pastels comme nous sont à cran. Pensez donc, le groupe n’a pas sorti d’album depuis Sittin' Pretty (1989). Cinq années d’un silence radio, à peine émaillées de singles épars, plus précieux les uns que les autres. On assiste là à un bel exemple de remaniement interne – exit les membres historiques Martin Hayward, Brian Taylor et Bernice Simpson, bonjour Katrina Mitchell et David Keegan –, pour ce qui ressemble autant à une remise en question qu’à une renaissance. Mais la petite bande de Glasgow ne veut pas se livrer trop vite, sachant qu’elle est attendue au tournant et préférant gérer la transition avec cette compilation regroupant tous les âges de l’organisation The Pastels : son passé et son futur, l’ancien et le nouveau. Seize printemps plus tard, Truckload Of Trouble demeure une excellente introduction à ce groupe sans équivalent, dont on s’est déjà échiné à prouver la fondamentale importance historique (cf. magic n°136), à l’occasion de la sortie du récent album Two Sunsets (2009). Après quoi, la formation passera chez Domino, label important qui lui donnera toute latitude pour avancer à son rythme (assez lent, il faut bien l’avouer) et monter la structure Geographic (Maher Shala Hash Baz, Future Pilot AKA, Bill Wells Trio, Tenniscoats), sans aucun souci de rentabilité.

À l’époque, c’est la structure Paperhouse qui publie la série de singles constituant l’ossature de Truckload Of Trouble. Il faut se souvenir avec quelle fébrilité, quelle impatience et quelle joie on attendait ces petits témoignages discographiques. Outre les vieilleries célèbres (Comin’ Through, Crawl Babies, Baby Honey, dont la partie vocale a été réenregistrée pour l’occasion), le merveilleux Nothing To Be Done (l’un des plus grands singles de l’histoire du rock à n’être jamais sorti sous ce format), et des faces B mythiques (Over My Shoulder, Not Unloved), Truckload Of Trouble raconte l’histoire d’une formation qui tâtonne encore. Sur un seul et même support, on peut aussi entendre des perles rares comme cette reprise incroyable de Different Drum de l’ex-Monkees Mike Nesmith, parue uniquement en 45 tours chez K Records. Aux philistins, on conseillerait bien de commencer par Kitted Out, un simple instrumental (de l’usage iconoclaste d’un trombone) capable de transformer une journée morose en une aventure exaltante. Et que dire de ces trois singles chéris, Thru’ Your Heart (1991), Speeding Motorcycle (1991) de Daniel Johnston et Thank You For Being You (1993) ? Au-delà de la parcimonie avec lesquels ils furent délivrés, ils nous replacent aujourd’hui dans l’état d’esprit d’alors. Soit un temps où les disques étaient encore une source de bonheur unique, parfois fastidieux à dénicher.

Ces mignardises ont été importantes dans nos vies, et elles le sont bien évidemment restées. On laissera la conclusion à Stephen McRobbie qui, en guise de notes de pochette reproduites dans cette réédition, écrivait, en mai 1993, ces mots tout aussi précieux, d’une prétention que lui seul pouvait se permettre : “Toute la musique contenue sur ce disque est liée par l’intensité des expériences que nous avons partagées, dont l’une des questions centrales reste le rejet des schémas orthodoxes. Nous continuerons à poursuivre nos idéaux avec ce que nous croyons être un vrai esprit d’indépendance. Quoiqu’il en soit, ne pensez pas à nous comme un groupe indie car ça n’a jamais censé être un genre et, de toute façon, nous sommes beaucoup trop tournés vers l’extérieur pour nous contenter de cette triste appellation”.
Etienne Greib
MAGIC RPM  #143


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