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  En février dernier, le premier album de The Pains Of Being Pure At Heart a fissuré le temps et les modes, réanimant en trente-cinq minutes une époque enfouie sous les tonnes de décibels grésillants. Dix titres et autant de défibrilations aptes à électriser le bon vieux temps, cette pop aigüe et mélancolique qui, des Smiths à Teenage Fanclub en passant par The Field Mice, fit chialer des générations d'adolescents malaisés et prostrés sur leurs journaux intimes. Aujourd'hui, c'est sur Blogspot ou Twitter que les états d'âmes se déversent, mais si les technologies changent, la bande son de ces moments bleus semble inamovible. On peut trouver ça désespérant, ou simplement succomber sans états d'âme comme l'ont déjà fait à peu près la terre entière (des blogs les plus courus à la presse spécialisée, en passant par Dominique A ou Urban Outfitters)... Tout ça pour dire que nous avons posé deux ou trois questions au chef de la bande Kip Berman, et que les réponses sont ci-dessous, juste après cette introduction bien trop longue.
[Interview Nina Rolland].

Ps. TPOBPAH sera à Paris le 26 mai (Batofar) et à Belfort le 5 juillet (Eurockéennes).


Magicrpm.com : Commençons par le commencement : pourquoi ce nom interminab’ ?
Kip Berman : Ça vient d’un livre pour enfant qui n’a jamais été publié, écrit par l’un de mes amis. C’est vrai que c’est un peu long, mais les gens utilisent des diminutifs et nous appellent souvent “The Pains’, ou autrement d’ailleurs. Ce n’est pas ce qui importe le plus à dire vrai.

Continuons par la suite du commencement : comment la fine équipe s’est montée ?
Nous étions tous amis depuis belle lurette, bien avant que l’idée de faire un groupe ne nous traverse l’esprit. C’est seulement en 2007 que nous avons eu envie de nous rassembler afin de faire de la musique, quand nous avons voulu jouer pour la fête d’anniversaire de Peggy (ndlr. Wang, claviers). Ça a plutôt bien marché, on s’est bien amusés, alors on s’est dit “hey, pourquoi arrêter ?”.

Votre premier album est sorti sous les applaudissements. On peut en cerner distinctement les influences, citées à foison par les journalistes, du shoegazing à la pop prônée en son temps par le label Sarah Records. Aviez-vous conscience de vous ébrouer dans un tel pré carré au moment de composer et d’assembler The Pains Of Being Pure At Heart ?
En fait, on est tous des fondus ultimes de musique pop. Nous essayons d’être le genre de groupe qu’on aurait adoré écouter lorsqu’on avait 17 ans. J’imagine que nos influences émanent simplement de nos vies en général, et comme la musique tient une grande place dans nos vies, on s’inspire de tout ce qu’on écoute. Lorsqu’on a commencé, on était vraiment des ados moyens de banlieue, pas bien branchés. On a passé une bonne partie de notre adolescence à moisir des nuits entières dans des cafés en discourant de musique, d’anarchie et de trucs dans le genre.

Vous plussez aux comparaisons courantes qui vous touchent, de My Bloody Valentine à The Field Mice, en passant par The Wedding Present et Black Tambourine.
C’est très flatteur d’être placés au même niveau que ces gens-là, ils sont vraiment géniaux. Mais au final, au-delà de toutes les comparaisons et des étiquettes, nous restons un simple groupe pop. Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

Le disque suinte la spontanéité, l’urgence mêlée à une humeur douce-amère. En gros, comment composez-vous ?
J’écris l’essentiel de la musique et des paroles, mais chacun met ensuite son grain de sel. Le but que nous nous fixons, c’est qu’au final, le résultat appartienne sans distinction à Kip, Peggy, Alex (ndlr. Naidus, basse) et Kurt (ndlr. Feldman, batterie). C’est vraiment un travail d’équipe, chacun a son mot à dire et tout le monde doit se sentir satisfait au bout du compte. Pour ce qui est des paroles, on se base forcément sur nos propres expériences. On évoque souvent ce sentiment de mélancolie sous-jacent chez nous. J’en sais rien en fait… C’est simplement comme cela que nous ressentons les choses.

L’album a été produit par Archie Moore. Comment mesurez-vous son influence sur vos caboches ?
Archie a joué un rôle fondamental, principalement au niveau du mixage et de l’ambiance sonore obtenue au final. C’est l’un des fondateurs de Black Tambourine et Velocity Girl, il savait donc parfaitement ce à quoi nous voulions aboutir. Il nous a été d’une aide précieuse.

Comment avez-vous rencontré les gens de Slumberland, un label qui a actuellement le vent en poupe ?
Mike (ndlr. Schulman, le patron historique) s’est rendu à l’un des concerts où l’on jouait en ouverture. Il était sûrement complètement torché, mais en tout cas, il s’est montré immédiatement très enthousiaste. Comment pouvait-on résister ? Slumberland a un passé des plus glorieux, et il parvient à se construire un avenir au diapason en signant des groupes incontournables de notre époque comme Crystal Stilts, Cause Co-Motion! et bien d’autres.


Vous êtes les nouveaux chouchous de la sphère indie. Young Adult Fiction est un tube à son échelle qui illustre même un spot pour le marchand de tricots Urban Outfitters. Comment vivez-vous cette réussite ?
On ne pense pas vraiment à tout ça. On est juste une bande de potes, heureuse de faire ce qui la passionne, contente de faire de la musique. On passe du temps ensemble, on s’amuse. Même si on devenait le plus grand groupe du monde, je vous promets que ça ne changerait pas grand chose.

Vous vivez à Brooklyn, mais votre musique vous localiserait plutôt de l’autre côté de l’Atlantique. Avez-vous l’impression que votre formation est différente de celles qui excellent en ce moment à New York ? Quels sont vos groupes préférés dans le coin ?
Mouais, nous ne sommes pas Anglais, et on ne souhaite pas l’être non plus. Sinon, par ici, j’aime beaucoup Chairlift, Zaza et Depreciation Guild. Et Crystal Stilts évidemment. Et puis aussi les Vivian Girls, Knight School et plein d’autres.

Vous débarquez à Paris dans quelques semaines. Ça vous branche ? Quelle sera la suite ?
Je ne suis jamais allé en France. J’ai vraiment hâte de voir Paris et de jouer sur ce bateau (ndlr. au Batofar le 26 mai), ça a l’air d’être un truc incroyable ! Pour le reste, on va continuer à apprécier un maximum en tournant autant que possible. On commence à avoir de bons retours, on le vit tranquillement. Je ne crois pas qu’il y ait lieu de s’inquiéter pour la suite. On a de nouveaux singles, des 45T prévus pour cet été. C’est ce qui nous excite le plus en ce moment.
Nina Rolland


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