The Notwist
Vu par Magic
The Devil, You+Me
archive mag mai 2008
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Que faire lorsque vous vous fendez d’un chef-d’œuvre au
détour d’une carrière déjà entamée ? At The Drive-In a explosé comme un lapin
en plein vol (c.
Thierry Roland) après Relationship Of
Command (2000). Certains affirment que Grandaddy, Radiohead, Mercury Rev,
Sparklehorse ou The Flaming Lips auraient mieux fait d’arrêter les frais après The Sophtware Slump (2000), Kid A (2000), Deserter’s Songs (1998), It’s
A Wonderful Life (2001) ou The Soft Bulletin
(1999). Quid de The Notwist après Neon
Golden (2002) ? Un album et dix refrains tragiquement enchanteurs où
l’épure confinait au génie. Où l’électronique épousait l’organique avec une
pertinence jamais atteinte. Où le moindre mot, la moindre note, le moindre
soupir atone sonnaient telle une évidence insurpassable. Ce disque, c’était
comme remporter la Premier League, la Ligue des champions, la Coupe du monde et
le Ballon d’or lors d’une seule et même saison. Que reste-t-il à
espérer le jour d’après ? Au mieux, l’ordinaire. Au pire, la déchéance.
Les Allemands ont désintégré la première hypothèse en s’associant aux sombres
gaillards hip hop et novateurs de Themselves pour l’excellent projet
13&God, il y a trois ans. Une échappatoire qui leur permet aujourd’hui de
toiser la déchéance avec une aisance
saillante. Car The Devil, You + Me
n’est pas du tout un ersatz du sommet précédent, encore mois son antithèse
improbable. Non, les onze titres présentés ici propagent bien la même
sinistrose merveilleuse que ses devancières, mais d’une manière différente. Si
l’électronique tient encore une belle place dans les compositions du quatuor
(les cliquetis sonores en hachette et les beats giflés de Where In This World et On
Planet Off, comme des réminiscences de Neon
Golden) , les guitares cristallines se font souvent reines de mélodies
tourbillonnantes et de crescendos hypnotiques qui tranchent avec les formats
habituels. Good Lies, Gravity et surtout Boneless font ainsi figure
de sommets pop déviants et déchirants, qui obsèdent l’âme comme les équivalents
musicaux et émotionnels d’une persistance rétinienne. Quant à l’acoustique de Gloomy Planets, The Devil, You + Me et Gone
Gone Gone, elle flamboie avec pureté et se trouve magnifiée par cette voix
défaitiste d’une puissance affective déroutante, apte à dispenser la même
froideur charnelle avec une implacable linéarité. Après avoir caressé une
certaine perfection, The Notwist a donc attendu la bonne heure et la belle
inspiration pour se parer de nouveaux oripeaux et réinvestir ces territoires
harmoniques arides où l’horizon se scrute avec une mélancolie suffocante. On
avait donc oublié une troisième voie : lorsque vous avez tout gagné, vous
pouvez encore doubler la mise.
AnnA Lester
article extrait de :
MAGIC RPM #120
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