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Neon Golden

archive mag janvier 2002
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Mieux vaut tard que jamais. Même si, dans le cas présent, les quatre Bavarois de The Notwist ont dû patienter jusqu'au cinquième album, il y a fort à parier qu'ils vont enfin dépasser avec Neon Golden le cercle des connaisseurs disparus. D'ailleurs, pas à un paradoxe près, cette bande des quatre a davantage côtoyé le succès avec ses nombreux projets parallèles qu'avec celui qui les réunit. Un peu d'histoire. En 1989, année de la chute du mur de Berlin (tout un symbole), le groupe se forme autour des frères Acher (Markus, au chant et à la guitare, et Michael, à la basse) et de Mecki Messerschmid (à la batterie). Ultraconfidentiels, leurs deux premiers Lp's ne franchiront même pas le Rhin, au contraire de ses auteurs qui n'hésitent pas à sortir de leurs frontières, ne ratant jamais les belles occasions qui s'offrent à eux (premières parties de Fugazi, par exemple). Le troisième, 12 (un multiple de... trois), est le premier à bénéficier d'une distribution à l'étranger, en Amérique Du Nord puis en Grande-Bretagne. Ici, The Notwist n'est encore rien. Ou presque. Il faudra attendre jusqu'en 1998 et la sortie de Shrink pour un de ces coups de foudre qui ne sauront plus se démentir. Derrière sa belle pochette bleutée, le disque renferme quelques-unes des plus attachantes chansons électroniques de l'époque (Another Planet est encore dans toutes les mémoires). Entre-temps, Martin Gretschmann imaginez Woody Allen jeune et grand a rejoint le trio aux claviers, apportant aussitôt sa touche informatique. D'ailleurs, personne n'a chômé jusque-là, qui avec Village Of Savoonga (qui ça ?), qui avec Potawatomi (euh, qui ça ?), qui avec Tied & Tickled Trio, qui avec Console, qui avec Lali Puna. Mais la force de The Notwist tient précisément dans le fait que la somme totale des quatre individualités réunies est bien supérieure à la simple somme des quatre personnalités dispersées. À ce titre, Neon Golden en est la preuve la plus éclatante en même temps que la plus brillante quintessence. Car en seulement dix chansons et quarante-deux minutes, le quartette de Weilheim (où ça ?) assomme la concurrence, qui a pourtant eu largement le temps de fourbir ses armes depuis trois ans, et ouvre de nouvelles perspectives à l'électro-organique mélodique, mélancolique et magnifique. À "des années-lumière de leur début post-punk", Markus, Michael, Mecki et Martin retenez au moins leurs prénoms, ce club des quatre n'ayant pas fini de faire parler de lui ont peut-être signé là l'album de l'année, alors que celle-ci vient à peine de commencer. Porté par l'exceptionnel Pilot une chanson tombée du ciel comme peu de groupes peuvent s'en targuer à la fin de leur carrière , ce disque d'une sobriété exemplaire, à la justesse troublante et au charme insidieux touche en plein coeur, sans crier gare. Avec la délicatesse de parents se penchant pour la toute première fois sur le berceau de leur progéniture. Et rien ne manque à l'écoute de ce rêve éveillé : le chant désespérément intemporel, la guitare subtilement cristalline, la rythmique chirurgicalement réglée, les trouvailles follement déconcertantes, les arrangements joliment cuivrés. Forcément, malgré une homogénéité de tous les instants, quelques morceaux ressortent du lot. En plus du single étalon, Pick Up The Phone vénéneux comme une piqûre d'abeille , Trashing Days d'une beauté insondable à pleurer , One With The Freaks d'une évidence absolument entêtante , Consequence chanson finale en apothéose neurasthénique ("Leave me paralysed, love/Leave me hypnotized, love") forment un quinté gagnant de rêve. Inutile donc de la chercher ailleurs, la plus belle enseigne lumineuse, en vente chez tous les bons disquaires, s'appelle Neon Golden. Et elle n'a pas fini de rayonner dans le ciel musical.

Franck Vergeade

magazine num 57 article extrait de :
MAGIC RPM #57


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